Bienvenue à mon bilan du 27e mois de la Condécratie version 2.0. Je continue mon exploration mensuelle des méandres des décisions importantes pour la Nation prises par nos nouveaux chefs en proposant des pistes de réflexions et d’actions qui pourraient être envisagées pour que le « vrai changement » soit effectif.
- Echantillon de paroles et pensées présidentielles du mois:
- « Pour la première fois dans l’histoire la Guinée peut avoir accès à des crédits non concessionnels. Jusque-là on était comme des pestiférés… Si nous n’avons jamais voulu appartenir à une zone monétaire c’est parce que notre politique a été toujours celle d’appartenir à une zone africaine. Nous avons encore beaucoup de défis, la CEDEAO à l’horizon 2020, la création de la ZMAO et la Guinée souhaite être parmi les premiers pays à intégrer à cette zone monétaire… C’est extrêmement important que la Guinée accède à cette zone en 2020 car c’est un défi pour le gouvernement et la banque centrale » (le 01, lors de la célébration du 58e anniversaire de notre monnaie folklorique nationale).
- « Il arrive des moments où dans la vie d’une jeune nation comme la nôtre des choix s’imposent à chacune et à chacun d’entre nous et qui engagent notre présent et notre avenir commun. Nous vivons aujourd’hui l’un de ces moments. Notre pays comme tous les autres traverse des difficultés qui, si nous en prenons la mesure exacte sans passion ni calcul, peuvent être surmontées. C’est pourquoi j’en appelle au sens élevé du devoir de chacun d’entre nous et vous exhorte tous, mes chers compatriotes, à un véritable sursaut national…. Je regrette comme tous les Guinéens, les élèves et leurs parents, que notre école connaisse une succession de grève. A travers nos enfants aujourd’hui privés de leur droit à l’enseignement se joue notre avenir individuel et collectif. Ma responsabilité première en tant que chef de l’état est d’être à l’écoute de tous les Guinéens et de trouver des solutions aux problèmes de ce pays dans un langage de vérité et de sincérité partagé, convaincu que seuls le dialogue et la concertation sont à mesure de mettre fin à toutes les incompréhensions. J’en appelle à toutes et à tous à faire confiance à ce gouvernement et à moi-même pour répondre à leur aspiration légitime dans le cadre d’un échange franc et d’un partenariat responsable… N’en doutez pas, je prendrai toutes les mesures souhaitées par la majorité silencieuse de nos compatriotes pour combattre la gabegie financière et économique, la corruption, l’impunité. Soyez rassurés de toute ma détermination à assurer cette mission sacrée et patriotique dans l’intérêt supérieur de notre nation et l’ensemble du peuple de Guinée… La force ne peut pas être un recours, la violence n’est pas une solution. Je regrette profondément toutes les victimes de toutes les violences survenues dans notre pays – je dis bien toutes les victimes. Je m’incline devant la mémoire d’enfants innocents qui ont péri dans l’incendie criminel de Kalinko dans la préfecture de Dinguiraye lors des élections locales. Aussi bien pour ces malheureuses victimes que pour d’autres que notre pays a très malheureusement enregistrées, je voudrais au nom du peuple de Guinée, de son gouvernement et à mon nom propre réitérer nos sincères condoléances. Je voudrais aussi dire à toutes les familles endeuillées et attristées qu’elles ne sont pas seules, que l’état sera toujours à leurs côtés pour les assurer de sa compassion, son soutien et sa solidarité. C’est par la recherche et la préservation constante de la justice et de l’égalité entre tous les citoyens que nous parviendrons à une société juste et paisible… Oui, notre pays est en marche vers le progrès à condition que notre stabilité politique et sociale ne soit pas menacée par des crises sociales à répétition et des conflits politiques permanents. Aussi je voudrais solliciter de tous les différents partenaires sociaux une trêve sociale pour que nous consacrions toutes nos énergies, tous nos talents, toute notre compétence à éviter des crises devenues récurrentes et cycliques ainsi qu’à créer de la richesse pour endiguer dans notre pays la pauvreté… Je m’emploierai personnellement à encourager le dialogue direct et franc avec toutes les forces vives de la nation pour parvenir à un large consensus sur les questions d’intérêt national. Ce dialogue je l’ai déjà commencé avec les organisations socioprofessionnelles et se poursuivra dans les jours à venir. Plus que jamais la Guinée a besoin d’union sacrée de la nation, la solidarité entre tous ses enfants, afin de faire face aux défis de notre époque » (le 05, lors d’un discours à la nation tard la nuit quand la majorité des Guinéens dormaient en raison de l’absence d’électricité chez eux).
- « En tant que président ce n’est pas de gaieté de cœur que je vois les enfants rester à la maison sans pouvoir aller à l’école. Mais je vais dire Bismillahi Rahamane Rahim, ça veut dire que la vérité, grâce à Dieu, va triompher et les jeunes sauront pourquoi ils ne vont pas à l’école, qui est responsable. Comme il y a beaucoup de désinformation vous ne savez pas mais vous allez commencer à comprendre. Je vais donc consacrer les prochains jours à écouter la majorité silencieuse. Je vais rencontrer les magistrats, les médecins, les transporteurs, les femmes et les jeunes. Après cela, je prendrai mes responsabilités. Ça veut dire quand je vais finir d’écouter la majorité silencieuse, je vais faire un grand remaniement ministériel et mettre des ministres qui sont à l’écoute de la population et qui s’occupent de leurs programmes. Car si nous travaillons et ceux qui sont chargés de dire la vérité au peuple ne sont pas auprès du peuple, ils restent dans les bureaux alors le peuple est désinformé parce qu’ils ne veulent pas que la Guinée aille de l’avant… Alors je vais former un gouvernement de ministres responsables qui seront auprès du peuple, qui seront à l’écoute du peuple pour informer correctement le président… Croyez-moi je vais prendre mes responsabilités, croyez-moi je vais prendre mes responsabilités. Ceux qui m’ont dit de ne pas venir ils se trompent, moi je suis un homme du peuple. Je n’ai pas peur du peuple, je n’ai pas peur de la jeunesse, je n’ai pas peur des femmes. Je suis là devant vous, je ne suis pas caché et je vais marcher jusqu’à Sékoutoureyah pour montrer que je suis derrière le peuple» (le 08, lors de la mamaya annuelle au palais du peuple pour danser et chanter pour fêter des femmes).
- « Il y a beaucoup qui veulent être ministre qui poussent les gens à dire qu’il faut un nouveau gouvernement, moi je ne change pas de gouvernement. Je suis élu par le peuple, c’est cette majorité silencieuse que je vais écouter. Les gens qui s’agitent en disant remaniement-remaniement parce qu’ils veulent être ministres, ça c’est leur affaire. Personne ne me fera changer sous la pression » (le 08, interview avec un journaliste officiel du gouvernement, quelques heures après avoir dit juste le contraire aux femmes de Conakry).
- « Il paraît qu’il y a des sites qui disent que j’ai menti aux femmes et que je ne ferais pas de réformes du gouvernement. Tous ceux qui m’ont écouté, j’ai été très clair. Je vais écouter. Je vais écouter la majorité silencieuse. C’est après cela que je prendrais mes responsabilités. Parce que moi je ne fais rien au hasard… Donc ceux qui s’agitent pour être ministres c’est leur problème. Moi, je suis élu par le peuple. D’ailleurs vous savez que beaucoup de gens ne voulaient que j’aille au palais (du peuple). Ma garde a refusé de mettre les véhicules à ma disposition – j’ai décidé d’aller à pied. Je suis un homme du peuple et j’ai été au palais. Comment en tant que président, je suis à Conakry, il y a le 08 mars, je n’aille pas… (suite à une proposition formulée par son auditoire pour le paiement des 20% de hausse des salaires en fin mai au lieu des 10% proposés par son gouvernement) Il n’est pas question de quoi que ce soit, l’état a consenti d’énormes efforts pour pouvoir payer les 30% au courant 2018. Il n’est pas question de parler d’autres paiements… Je suis professeur de finances publiques, j’ai enseigné les finances publiques pendant 10 ans, on dit que le paiement se fait après service ou livraison de marchandises. J’ai demandé à l’inspection d’état de voir dans tous les ministères si toutes les commandes effectuées ont été exécutées avant le paiement. Désormais je vous demande de m’envoyer des rapports de vos enquêtes de détournements des fonds de l’état. Si je ne sanctionne pas je vous demande à cet effet de demander mon départ » (le 10, en recevant les membres de sa société civile pour leur expliquer comment il va prendre ses responsabilités).
- « Il faut que les gens sachent que malgré les marches la Guinée avance, des projets avancent et personne ne pourra empêcher la Guinée d’a Mais comme beaucoup de gens ne sont pas allés à l’école ils n’ont pas des informations. Il faut donc qu’ils voient qu’effectivement la pagaille qu’ils veulent faire pour que la Guinée n’avance pas n’empêchera pas la Guinée d’avancer… Quiconque fait la pagaille ici je vais ordonner qu’on le licencie. Ce qui s’est passé à Fria ne se reproduira plus jamais. Fria a été fermé cela fait plus de 4 ans maintenant alors que c’est l’usine de Fria qui ravitaillait la ville de Fria en électricité et en eau potable. Nous nous sommes battus pour que l’usine de Fria soit rouverte. Tout ce qui est dans le code minier les blancs vont respecter, je leur ai dit. Aucune société étrangère ne viendra transporter la bauxite ici, c’est aux Guinéens qu’ils vont remettre les camions pour le transport de la bauxite. Mais de notre côté nous allons également respecter le contenu du code. Donc les blancs vont appliquer ce qu’on a conclu et nous allons aussi faire la même chose. Ne faites pas la pagaille sinon comment les autres auront de l’emploi ? Comment les créateurs d’emplois viendront au pays ? Ils n’ont même pas encore commencé à exporté la bauxite, comment les banques vont leur prêter de l’argent ? Donc celui qui fait la pagaille je vais demander à ce qu’on le licencie. Autant j’oblige les étrangers à respecter notre code autant je vous oblige également à respecter ce même code, il faut qu’on s’entende sur ça » (le 28, au cours d’une visite de terrain portant sur l’état d’avancement des travaux du projet minier Bel Air-Mining à Boffa).
- Pour : ça fait au moins plaisir d’entendre le PPAC dire (même à demi-mots) pardon à tous les Guinéens pour les carences de sa troupe d’incompétents (pas les siennes bien sûr) et qu’il regrette les morts de toutes les victimes innocentes de crises sociales dont il est pourtant le 1e Le fait qu’il ait du dire « les victimes – toutes les victimes » veut dire beaucoup de choses : il reconnait ainsi qu’avant ce discours ne comptaient pour lui que les victimes de son propre camp, ses miliciens chargés de mater les manifestants.
- Contre : quelle humiliation publique quand même pour ce vieux politicien roublard et dépassé qui a plutôt l’habitude de ridiculiser en public tous ceux qui pensent qu’il n’est pas un génie et une bénédiction pour son peuple et son continent. Et quand il nous raconte tout fièrement que maintenant il va prendre ses responsabilités – plus de 7 ans après avoir pris le pouvoir – mêmes ses fanas les plus acharnés comprennent qu’il n’y aura jamais rien de bon à attendre de son attelage politique. Pour sa nouvelle adresse à la nation nous avons écouté et vu devant nos postes de TV, un PPAC hagard et épuisé qui lisait de manière peu convaincante son 1e mea-culpa piteux surement écrit par son nouveau gourou Tibou Kamara qui nous a servi ses contenus mielleux et soporifiques habituels, peu convaincants mais surtout vides car à la fin aucune décision concrète pour avancer d’un pas. Promettre à ses compatriotes une lutte plus efficace contre la corruption qui gangrène son entourage sans même proposer une seule action concrète en fin de discours nous rappelle à quel point il se moque une nouvelle fois de nous avec des paroles floues sans craintes pour sa mafia ambiante. De plus, n’ayant apparemment reçu ce discours qu’à la dernière minute et semblant le lire un peu contre son gré, on a vu un chef d’état qui lisait difficilement en tournant péniblement les pages de son texte. S’il est comme il le dit surveillé des près par le FMI pour les dépenses financières inutiles et mêmes dangereuses de l’état pourquoi alors il dépense des milliards d’USD en location de jets privés, en voyages prolongés et luxueux sur les 5 continents, en nouveaux parc automobile ridicule et en milliards de GNF déversés dans les quartiers pour acheter les votes lors des élections communales récentes ? Les « pardon, serrez vos ceintures pour que nous on bouffe mieux » ne marchent plus – il a maintenant perdu toute crédibilité sociale. Aujourd’hui tous les membres de nos institutions (7 ou 8), du parlement (114) et des 2 gouvernements, shadow et officiels (une centaine y compris des conseillers spéciaux étrangers) touchent mensuellement individuellement au minimum 20 et 25 millions GNF et au maximum 20.000 USD pour les étrangers sans compter tous les avantages en espèces du type logements gratuits, carburant, téléphone, électricité et eau – et ils osent dire aux enseignants qui travaillent plus que chacun d’entre eux qu’un petit 8 millions GNF de salaire est interdit par le FMI ? Il n’y a pas pire foutaise que ça, même en Guinée.
- Les décisions et actions « positives » du mois :
- Le 02, face à un nouveau status quo des négociations pour lever la grève des enseignants concernant les 40% de la valeur monétaire du point d’indice à 1030, le PPAC est obligé de sauter une nouvelle fois dans l’arène. Tout le monde est convoqué illico-presto dans son palais pour supplier les syndicalistes d’accepter de céder « pour l’amour de Dieu ». Le boss n’a jamais été aussi coincé depuis 7 ans au bled et il doit prier vivement pour une invitation à voyager hors de notre sac à casse-têtes journaliers.
- Le 07, presque toutes les femmes de Conakry sortent dans la rue. Le matin il y a eu la marche « tenue blanche – foulard rouge » sous l’impulsion des femmes de l’opposition qui a mobilisé en fait toutes celles qui en ont marre du Sanseman. Puis l’après-midi, de manière apparemment spontanée mais en fait bien coordonnée, des bandes de femmes ont bloqué trois des quatre routes de sortie des travailleurs du centre-ville : l’autoroute, la route du Niger et la corniche sud, toutes sur la même longueur, du carrefour Kenien au carrefour de l’aéroport. Imaginez le méga-bouchon digne de Lagos. Et finalement dans la soirée, cerise sur le gâteau, quelques centaines ont décidé de marcher en plein centre-ville à Kaloum avec l’objectif d’aller dire leurs 4 vérités au boss sous la véranda de son palais. La dernière fois qu’elles avaient fait cela c’était le 27 août 1976 avec Satan Touré et ça avait déjà failli faire exploser son anévrisme aortique syphilitique mais hélas il nous a fallu attendre jusqu’en fin mars 1984 pour connaitre ce bonheur-là. C’en était trop pour notre PPAC trouillard qui, n’ayant aucune clôture de stade là grimper ce jour-là, a surement du appeler ses parrains parisiens pour lui préparer une éventuelle porte de sortie héliportée. Cette fois-ci ce sont les miliciens les plus intelligents qui ont été sortis pour pouvoir les freiner et les détourner poliment et gentiment, en faisant tout pour que l’inévitable ne se produise pas.
- Le 08, lors de la mamaya traditionnelle de la « fête des femmes guinéennes » – alors que c’est en fait une fête internationale pour les droits des femmes – celles qui étaient présentes au palais du peuple ont profité de l’occasion pour attirer l’attention du « père des femmes de Guinée » sur le chômage des élèves depuis bientôt un mois. Dès son arrivée les femmes ont scandé: « nos enfants à l’école » ou encore « école, école ». Des slogans repris à chaque intervalle de la prestation des artistes locaux et de façon plus accentuée lorsque le boss s’est déplacé pour serrer la main d’une troupe d’artistes exclusivement féminine. Et oui, même les femmes du RPCé n’ont plus peur du boulanger maintenant. La réponse du boss en début de discours : « En tant que président ce n’est pas avec gaieté de cœur que je vois les enfants à la maison ». Alors patron cessez de remuer toujours vos lèvres pour dénoncer sans rien faire – agissez si vous voulez qu’on vous croit au moins un peu.
- Le 11, notre PPAC qui est aussi président de l’Initiative Africaine pour les Énergies Renouvelables n’a pas pris part au premier sommet de l’Alliance solaire internationale (ASI) à New Dehli, en Inde. Bravo donc au boss qui n’a pas filé à l’anglaise comme il en a l’habitude dès qu’il y a une crise qui pointe à l’horizon. Il est vrai que cette fois-ci il n’y a plus aucun secteur du pays qui ne soit pas en crise alors peut-être que même ses pilotes et hôtesses sont en grève pour exiger leur 40% obligatoire. Il semblerait qu’en fait il a voulu filer comme d’hab. mais il aurait reçu un Niet poli mais ferme de sa garde rapprochée présidentielle.
- Le 13, le PPAC cède finalement sous la pression de la rue, le feu sous la carapace de la tortue étant devenu progressivement intenable après le ralliement le matin même au mouvement du syndicat des banquiers et des organisations de la société civile. C’est le banco pour les grévistes : « Le paiement des 40% dont 10% ont été déjà payés dès février 2018 de la valeur monétaire du point d’indice 1030 à compter du 1er janvier 2018 payable en fin mars 2018 pour les enseignants en activité et du 1er novembre au 31 décembre 2017 pour les enseignants ayant fait valoir leur droit à la retraite ; la mise en place d’un comité paritaire syndicat-gouvernement en vue de l’ouverture d’un couloir de négociations à partir du 02 au 25 mai 2018 sur un salaire de base de 8 millions. Tout enseignant muté ou demis de ses fonctions pour fait de grève doit être rétabli immédiatement dans ses droits. Les parties s’accordent que nul ne sera sanctionné ou poursuivi pour fait de grève ». Les cours dans les écoles reprendront de ce fait le lundi 19 mars sur toute l’étendue du territoire en raison d’autres manifestations de l’opposition prévues avant la fin de la semaine en cours. Sans cet accord de dernière minute il y aurait surement eu les jours suivants des morts de femmes et d’enfants à gogo dans les rues et ça aurait été la chute probable du régime. Ainsi le syndicat des enseignants et les émissaires du boss ont trouvé un compromis qui ressemble comme deux gouttes d’eau à une capitulation des seconds après deux semaines de négociations et plus d’un mois de grève illimitée dans le système éducatif. Le représentant des syndicalistes a eu les mots justes pour soulever l’enthousiasme des vainqueurs : « Vive le général Soumah, vive la solidarité syndicale, vive le patriotisme, vive la vérité, à bas la démagogie, à bas le mensonge, à bas la manipulation, à bas l’ethno stratégie, à bas le népotisme, vive l’école guinéenne, unis et déterminés nous vaincrons ». Hélas ce sont les slogans typiques du bon vieux temps de la révolution criminelle – les « Guinéens nouveaux » sont toujours là.
- Pour: pour la marche des femmes de Conakry le boss a réussi à garder ses miliciens en laisse donc les différentes manifestations n’ont pas enregistré des dégâts humains et matériels. Bien lui en a pris…
- Contre : voici mon bilan a la fin de cette épopée : un chef d’état respecté par ses administrés ne doit normalement accepter de capituler devant des « rebelles » sociaux car c’est effectivement le début de la révolte généralisée rapidement incontrôlable. Mais pour cela il faut qu’il soit le plus respectueux de tous ses sujets de la loi et en particulier de la Constitution, qu’il soit toujours juste devant ses sujets et qu’il impose le respect par l’exemple, la probité et la hauteur d’esprit. Donc le PPAC a beaucoup perdu sur tous les plans ici : sa popularité et sa crédibilité chez nos « gens d’en bas », ceux qu’il appelle depuis quelques jours « la majorité silencieuse ». Désormais il sera quasi-impossible que toute nouvelle crise sociale, quelque soit le corps qui revendiquera, ne finisse pas pareil car c’est le genre de jurisprudence sociale qui sera toujours rappelée. La date du 13 mars 2018 devient du coup « historique », la 1e fois qu’un dictateur guinéen aura mis les 2 genoux à terre devant son peuple et en particulier devant les femmes et les enfants de Conakry. Satan Touré et Fory Coco ont tous connu leur 1e jour identique mais ils n’ont mis qu’un seul genou à terre et ont su reprendre la main dans les 48 heures suivantes parce qu’eux savaient parfaitement manipuler les Guinéens, ce qui n’est pas le cas de notre Parisien en tourisme prolongé chez nous. Du coup le boss n’a jamais été aussi silencieux que cette semaine, comme un chef déprimé et retranché dans son palais et tous les requins autour de lui, ses pires ennemis en fait, le voient parfaitement. Maintenant même son PM et certains de ses ministres sont Wanted par les manifestants déchaînés dans tous les quartiers de la capitale. L’année 2020 est devenue à mon avis même trop loin pour lui maintenant, il devrait tout simplement filer de chez nous pour profiter paisiblement de ses millions détournés. Il a un prétexte officiel tout trouvé avec ses 80 piges bien sonnés : « pour raison de santé » et du coup ses compatriotes amnésiques seront compatissants et lui souhaiteront meilleure santé – loin de chez nous. Sinon les crises sociales seront désormais de plus en plus fréquentes, l’obligeant un jour à chercher refuge chez un de ses rares amis. Finalement je me dis pauvre PPAC embourbé dans ses turpitudes politiques !
- Les décisions et actions « négatives » du mois :
- Le 05, après plusieurs semaines de démarches infructueuses les femmes travaillant au ministère de l’élevage ont pris d’assaut les locaux dudit département pour réclamer des pagnes-uniformes qu’elles doivent porter à l’occasion de la fête du 8 mars. Le pauvre ministre a dû s’enfermer dans son bureau et exiger la protection urgente des miliciens pour l’escorter hors de sa nouvelle prison. Quand je vous dis que ce pouvoir est en pleine décomposition il n’y a pas meilleur exemple que ça. Bientôt ce seront les plantons et les chauffeurs qui séquestreront leurs directeurs pour exiger le doublement de leurs salaires !
- Le 05, les enseignants des institutions supérieures publiques annoncent leur rentrée dans la grève qui couvre tout le pays depuis 3 semaines. Ils rejoignent ainsi le mouvement lancé par Aboubacar Soumah. Qui est fou pour ne pas supporter publiquement une équipe qui exige une augmentation illico de 40% et à terme un salaire de base de 8 millions GNF pour tous ? Comme si bien dit par l’un d’entre eux : « On s’est dit qu’il n’est bien de laisser les autres enseignants lutter pour nous alors nous allons tous bénéficier des retombées ».
- Le 06, la pagaille progresse rapidement : les huit conseillers de la Cour constitutionnelle réunis en plénière (sans leur boss) ont destitué leur président Kèlèfa Sall. Ils l’accusent de n’avoir pas respecté la procédure de renouvellement des conseillers et d’avoir violé les statuts et règlements intérieurs de cette institution. Tout cela parce qu’il a insisté pour exécuter à la lettre le règlement intérieur qui exige le changement de 3 conseillers (sur 8) tous les 3 ans par tirage au sort, une procédure qu’il a exécuté devant des témoins officiels et assermentés. Il l’a fait dans son bureau certes mais c’est parce que les autres commissaires bloquaient l’accès à la salle de réunion pour empêcher cette procédure. C’est ce qu’on appelle ici « le cramponnage au poste », une réaction allergique spontanée dès qu’on touche à tout privilège et avantage, même au détriment de la loi. On devient alors directement le chien enragé ingrat à abattre. Le plus marrant c’est que notre Constitution précise bien que le président de cette cour est élu pour 9 ans non renouvelables et que donc même le PPAC ne peut pas le destituer. Chez nous depuis 1958 les hommes au sommet de la justice et de l’application de la loi sont les moins respectueux de tous les textes de loi.
- Le 06, la descente aux enfers se poursuit : le décanat de la faculté de médecine de l’université est pris d’assaut par des étudiants en médecine qui réclament sauvagement des numéros matricules falsifiés. Sur les lieux on a constaté partout des bris de vitres de bureaux et de pare-brises d’autos personnelles, des bureaux mis sens dessus dessous, des ordinateurs et imprimantes fracassés. Le professeur Cissé, doyen de la faculté a été blessé à la tête. Le pauvre doyen ensanglanté a ensuite dit la presse « ils ont commencé à saccager. Imaginez-vous qu’on vienne s’asseoir dans une université 5 ou 6 ans, on n’est pas orienté par l’État, on n’est pas inscrit et à la fin on demande un numéro matricule. Sur quelle planète cela peut se passer ? ». Dans la planète où il suffit de graisser sans gène qui il faut pour pouvoir violer « officiellement » les règlements intérieurs de toutes les institutions d’état.
- Le 12, les mamayas négatives reprennent de plus belle : des centaines de femmes et de jeunes protestent bruyamment dans tout le centre-ville y compris devant le palais Satanya. Partout le peuple en rage scande « Alpha zéro, Alpha Condé zéro, nos enfants à l’école ». Le phénomène « pneus brûlés » atteint pour une 1e fois les quartiers de Tombo, Boulbinet et Almamya. La réponse des miliciens est classique : lavage au gaz lacrymogène. Notre jeune PM numérique, dans les nuages comme d’hab. passait comme si de rien n’était dans ce chaos urbain généralisé et il a échappé de justesse à la routine intifada. Puis les jeunes de l’axe du changement (autoroute le Prince) en haute banlieue qui savent organiser les manifestations les plus impressionnantes se mettent en branle du quartier Kipé vers les quartiers Taouyah et Cosa. Le même jour les pires parodies du passé reviennent avec le retour des donzos endimanchés au siège du parti-état et dans les rues comme pour impressionner et effrayer les femmes et les jeunes dans la rue. Mais cette fois-ci ils ont été pourchassés comme des voleurs du marché Madina et ceux qui ont été attrapés ont passé l’un des pires moments de leurs misérables vies avec à la fin un déshabillage et un rasage gratis de leurs cranes vides. Les temps ont changés les gars, retournez vous cacher avec vos gibiers dans vos brousses.
- Le 14, la marche « pacifique » appelée par l’opposition pour protester contre les fraudes des élections communales finit de nouveau par des drames humains : trois jeunes sont abattus par balles dont un (Boubacar Barry) dans le quartier Wanindra dans la commune de Ratoma. Il a succombé à ses blessures en arrivant dans un hôpital de la place. Franchement notre boss et ses faucons sont têtus et incorrigibles. Et dire qu’ils se félicitent chaque jour du succès de leur reforme des forces de sécurité et du retrait total de toutes les armes des miliciens dans Conakry !
- Le 16 nous apprenons qu’il y a un 4e décès suite à la marche du 14 : Mme Mariama Bah âgée de 31 ans, mère de six enfants et originaire de la commune rurale de Maci (préfecture de Pita) qui avait été blessée par balles deux jours auparavant alors qu’elle faisait la cuisine dans sa cour à Hamdallaye (commune de Ratoma) a rendu l’âme à l’hôpital où elle était soignée pour « balle perdue ». Dans notre contexte de pauvreté actuelle on peut dire que c’est en fait 7 vies qui sont détruites en même temps, la sienne et celles de ses 6 enfants.
- Du 20 au 31, une atmosphère de ni paix – ni guerre, une chienlit sociale en sourdine avec profusion de menaces proférées par tous les camps les uns contre les autres, des procès politiques médiatisés mal préparés et donc reportés dès la 1e séance pour espérer effrayer les ennemis d’en face (avec un effet exactement contraire) s’installe à Conakry et dans certaines villes de l’intérieur comme Labé et Kindia. Nous assistons tous les 2-3 jours à des manifestations de jeunes de l’axe, à des manifestations des femmes de l’opposition, à des manifestations des mareyeuses et de jeunes financées par le RPCé. Il y a aussi les éternelles réunions et conférences de presse répétitives et soporifiques des vieux politiciens des 2 camps et nos 3 types de villes-mortes : morte-cadavre, comateuse sous sédatif puissant style Valium et endormie sous sédatifs légers style Xanax. Et finalement les grèves sporadiques sans crier gare dans progressivement tous les secteurs de l’administration, même chez les gardiens des prisons qui ressemblent comme des jumeaux à leurs détenus.
- Pour : comme chaque mois, R.A.S…
- Contre : franchement pour la grève des enseignants comment accepter qu’un de leur collègue (par ailleurs président du pays) qui touche l’équivalent de 100.000 Euros par jour puisse refuser de payer 22 euros par jour à ses confrères enseignants ? Existe-t-il plus grande foutaise de la craie ? Pour rajouter une touche comique lors d’une des manifs un jeune grognard dans le quartier de Koloma a installé un tableau noir sur la voie publique pour faire répéter les lettres de l’alphabet aux manifestants, une façon originale de réclamer la reprise des cours. En un laps de temps il a été entouré par des désœuvrés qui ont eu droit à un cours d’orthographe improvisé !
Tic-tac, Tic-tac, la montre tourne ; aujourd’hui est le 2656e jour de l’ancien « Guinea is back » et du nouveau « changement radical » – déjà 07 ans 03 mois et 10 jours ! Aladji-Professeur-Président voici ma suggestion SMART (Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réalisable et Temporellement définie) du mois pour améliorer un peu votre Sanseman : papy-promesses, pardon il faut lire à tête sobre et reposée l’analyse chiffrée que nous a offerte en début de mois Mr Alhassane Makanera, enseignant-chercheur sur le site Gepuard.net. Tout d’abord tous mes compliments à l’auteur de la meilleure analyse chiffrée que j’ai lue pour expliquer comment la magouille financière est professionnalisée par les grands fonctionneurs au sommet de l’état. Hélas presque aucun haut fonctionnaire du pouvoir ou de l’opposition n’acceptera de la confirmer ouvertement car tous en ont profité largement pendant des décennies. Mais c’est juste une question de patience en attendant les prochaines enquêtes rigoureuses que nous verrons apparaitre de plus en plus souvent. Grand boss, lisez absolument cette analyse en entier mais pour vous mettre l’eau à la bouche je vous livre ici sa conclusion qui résume parfaitement l’ampleur de cette hémorragie permanente :
« Il est à souligner que les anomalies budgétaires soulevées dans cet article sont loin de couvrir l’ensemble des anomalies qui caractérisent la gestion des biens publics en Guinée. Pourtant, les réajustements des points indexés ci-dessus sont de nature à couvrir largement les dépenses que peuvent engendrer la satisfaction des revendications syndicales. Si nous acceptons de faire une petite addition des sommes disponibles au niveau des lignes budgétaires suivantes : ensembles non ventilés, doubles emplois dans les dépenses communes et dotations des services non fonctionnels, nous verrons l’étendue de solutions dans les mains du gouvernement permettant de résoudre les revendications syndicales.
1- Ensembles non ventilés pour 16 ministères sur 68 institutions : 207. 044.723.000 FG (Deux cent sept milliards, quarante quatre millions, sept cent trois mille FG).
2 – Doubles emplois dans les dépenses communes : 1913.892.558.000 FG (1913 milliards, 892 millions, 558 mille Francs guinéens).
3 – Dotations des services non fonctionnels : 5.903.870.000 FG ( Cinq milliards, neuf cent trois millions, huit cent soixante-dix mille FG).
Les trois postes ci-dessus permettent de faire une économie évaluée à 2126.841.151.000 FG (Deux mille cent vingt-six milliards, huit cent quarante-un million, cent cinquante-un mille FG) soit 4 fois supérieur au montant demandé pour les 100.000 fonctionnaires guinéens c’est-à-dire, une somme de 500 milliards FG par an seulement ».
Un leader de l’opposition sans gants (Sadio Barry) a encore plus condensé le texte pour vous : « En effet, à l’approche des élections communales, combien d’argent et de véhicules le Président Alpha Condé a distribués à des artistes, notables et imams alimentaires en Guinée ? Monsieur le Président est prêt à donner 17 millions par jour à son opposant chef de file de l’opposition qui ne travaille pas mais pas 2 minables millions de FG par mois à l’enseignant qui va tous les jours au travail, passe des nuits de préparations de cours et qui a une famille à nourrir, à habiller et à soigner ! Nous n’aurions jamais cru que le camarade Alpha Condé serait un chef d’Etat si injuste ! Visiblement toute sa préoccupation c’est comment satisfaire des escrocs et opportunistes qui peuvent le soutenir dans sa volonté de se maintenir au pouvoir et corrompre les opposants qui ont la capacité de l’embêter et gêner son projet de faire de la Guinée ce qu’il veut ».
Boss votre gouvernement se raidit dans une obstination qui finalement aura votre peau – la seule qui soit réellement en jeu car vous êtes le seul élu par « la majorité » des Guinéens ». Il devrait plutôt nous présenter lui aussi son analyse chiffrée de quelles économies sont réellement possibles dans nos dépenses publiques pour évaluer précisément quel pourcentage d’augmentation est conséquemment possible – pas un doigt en l’air pour dire NON en humant simplement le vent comme le font actuellement vos ministres depuis le début de cette crise de tous les secteurs publics et privés. La cause profonde du problème est simplement une question de confiance et c’est pareil pour toutes les autres crises sociales dans notre pays. Les enseignants savent très bien que dès qu’ils arrêteront leur grève ce sera le même résultat que depuis le pouvoir de Lansana Conté – un peu mieux quand même que du temps de Satan Touré car là le mot grève était synonyme de camp Boiro ad vitam aeternam dès le 1e jour de protestation. Le pouvoir ne recherche chaque fois qu’un petit répit social pour souffler et s’en mettre plein les poches en attendant la prochaine grève dans 6 mois. Votre gouvernement ment chaque fois qu’il fait des promesses alors désormais il récolte la réponse bornée d’aujourd’hui et il en est totalement responsable. En fait il faudrait évaluer précisément l’incidence chiffrée pour augmenter de manière décente tous les salaires de fonctionnaires, pas seulement les enseignants. Et du même coup entreprendre de manière concrète une réduction drastique mais juste de cette pléthore ridicule de 110.000 fonctionnaires dans un pays en faillite permanente qui accuse chaque fois le méchant FMI dès que ça chauffe socialement. Rien qu’une réduction de manière équitable de ces agents publics pourrait même doubler les salaires de ceux qui seraient maintenus. Nous manquons certes d’enseignants dans notre pays mais nous avons par contre beaucoup trop d’autres fonctionnaires doublés voir triplés, fictifs, morts depuis belle lurette, « malades ou en formation prolongée à l’étranger » ou qui n’ont presque plus aucune faculté visuelle et physique et qui n’ont jamais vu un ordinateur fonctionner à part à la TV – des aînés qui sont vraiment dus pour une retraite bien ou mal méritée depuis des dizaines d’années parfois.