“ON DII KOI, ma chronique mensuelle…” Novembre 2009

Conakry, le 30 Novembre 2009

Me isi l’étan lon san fou…

Les coups de gueule d’un afro-optimiste en colère,

« Pourquoi ce couillon de Noé n’a-t-il pas écrasé les deux moustiques sur son bateau? »

·        Côté perso,   »

v « 3e transition vers la 3e République»  – la 3e Télé-Novéla guinéenne!

Salutations Distinguées d’un vulcanologue au fond de son trou,

Hello my people,

Je suis depuis le dimanche 25 octobre 2009 à 18h45mn et 23 secondes dans le «No county for old, weak and sick men and women», le Dadistan, la nouvelle étoile dans notre galaxie tropicale!

D’abord le hangar-déversoir de Gbessia, ce qu’ils appellent pompeusement aéroport international: en descendant de mon fauteuil confortable du 21e siècle (j’y pense souvent avec nostalgie, le 20 C) je mets direct les pieds dans le 19e siècle. J’ai brusquement une vision incroyable du 21e siècle: 2 passerelles télescopiques sont en chantier (très peu) avancé, je jure. A peine la porte du bourbier atteint, un policier avec galons se précipite vers moi en disant qu’il a été envoyé pour me recevoir. De peur de la folie ambiante je lui tend directement et bêtement mon passeport, puis il bouscule tous les pauvres gens dans le rang et me fait passer (tout honteux) devant la populace qui me regarde tricher avec rage et dégout…Une fois arrivé au comptoir, il me rend mon passeport et me dit de le tendre devant à son collègue (au cas ou je ne le saurais pas) et me demande immédiatement 15 dollars ou  10 euros (il suit le taux de change chaque matin) pour sa peine, et disparait à toutes pompes avant que les vrais personnes venus me recevoir ne l’aperçoive. Inutile de préciser je crois qu’il a été très déçu par moi. Tu tombes alors dans un capharnaüm de combinards et de va-nu-pieds avec des sandales déchirées mais 2 portables dans chaque main: il faut comprendre, ici il y a 6 operateurs cellulaires et les contacts entre réseaux sont difficiles et plus chers – donc chacun se promène avec un téléphone pour chaque réseau! En arrivant à leur niveau je pensais que c’était des vendeurs de cellulaires pour les guin-ex débarquant de Paname. Je m’accroche comme à une bouée de sauvetage au bras de mon beauf qui en 2 temps-3 mouvements récupère mes bagages et nous conduit vers les 2 derniers obstacles: primo la bande de douaniers juste avant la porte Exit, tous salivants et suants comme des hyènes devant les carcasses de bagages. Là aussi un militaire galonné nous accompagne et il tape un garde-à-vous digne du General De Gaule quand il descendait les Champs-Elysées dans son command-car le jour de la libération de Paris et brusquement ils répondent par des redressements ridicules, de la peur dans leurs yeux écarquillés et cet obstacle est aussi passé cadeau! Dernier obstacle, sur la porte de sortie, un escadron de moustiques gros comme des bombardiers B 52 de l’US Air Force qui salivent à la vue de mon teint bien rose et sautent à ailes jointes sur le capot de notre voiture. On arrive à la maison où je retrouve la famille réunie c.à.d. mon grand frère et ses potes; ma belle-mère a heureusement déposé un succulent repas et il y a de l’électricité. Je passe me laver les mains et il y a de l’eau au robinet – je crie Hourrah et suis persuadé que le pire est passé pour cette soirée chargée d’émotions multiples mais toutes désagréables. Au milieu de repas, le courant fout le camp presto et après je veux me laver les mains mais il n’y a plus d’eau…

Les portes de l’enfer viennent de s’ouvrir: j’attends une heure que l’électricité revienne (« ne t’inquiète pas, ça revient tout de suite ») et finalement je plonge dans mon lit – il fait du 37 degrés Celsius, avec 100% d’humidité et pas le moindre brin d’air. Le seau d’eau et l’écuelle que j’avais fui en 1993 refont immédiatement connaissance avec moi…Je plonge sur mon lit en suant à grosses gouttes 10 minutes après mon bain glacé et j’essaie au moins de dormir en pensant à ma belle petite famille à Montréal qui suit les derniers épisodes de Desparate Housewives et Bothers & sisters. Pas une minute de répit, la 3e guerre mondiale démarre: les B 52 foncent sur moi; une moitié transforme la partie droite de mon corps en Hiroshima, les autres l’autre moitié en Nagasaki! Le jour me sauve, le courant est revenu et parti 3-4 fois au cours de la nuit mais mon ventilo n’a aucune utilité en face du crime en action. Vite une petite douche mais toujours avec l’écuelle violette, le seau rouge et le bidon jaune de 20 litres.

Le lendemain, quelques tours rapides en famille pour dire que je suis venu partager leur supplice de 51 années et je découvre par la vitre entrouverte une vision de désolation; si les yankees étaient venus filmer Mad Max ici, ils auraient économisé à 100% sur les décors externes! Retour à la maison pour 1 heure d’ électricité et 30 minutes d’eau (juste ce qu’il faut pour remplir mon écuelle, mon seau et mon bidon jaune, le Must obligatoire des Conakrycas – il parait que même le petit Dadais en garde 2 ou 3 dans sa salle de bains, bien qu’il ait l’eau courante maintenant chez lui…

Devant la décomposition avancée, préoccupante et exponentielle de ma mine, mon frère court chercher un climatiseur pour ma chambre, question de rafraîchir 2 ou 3 heures par soir la fournaise ambiante. Et puis les B 52 tropicaux sont immédiatement détruits par le froid des toubabs. Mes frères et sœurs, les 14 premiers jours, j’ai failli utiliser mon billet retour 28 fois, Walahi…

Ici, après 2 semaines de chaos physique et moral, soit tu crèves-mort totale par courte maladie, soit tu es immunisé temporairement; j’ai le plaisir de vous dire que je n’ai pas crevé (encore)! Je réagis enfin – non, j’aurais le dernier mot, pas question de me chasser aussi facilement de chez moi! Je repense à mon dernier mail avec Kotto Abdoulaye, le patriarche d’Italie. Il me disait «petit, c’est très dur là-bas, je ne suis pas sûr que tu pourras t’y habituer; moi j’ai décidé que je préfère encore affronter le froid des blancs pour le moment» ce à quoi le petit prétentieux avait répondu «ne t’ inquiète pas le vieux, j’ai vécu la souillure du pdg de 1972 a 1979 et ensuite la pourriture du Contéisme de 1984 à 1993 et que donc plus rien ne pourrait m’ébranler»; notre plaisancier estival (sur les chaloupes des pirates somaliens, car ce sont les seuls bateaux flottants aujourd’hui qui n’ont pas internet) avait tout a fait raison une fois encore – sûrement la sagesse de son grand âge!

Encore 2 mots sur le Dadistan actuel: dans les rues on peut circuler plus facilement qu’avant, les poches sont trouées et donc beaucoup de tacots sont transformés en chambres à coucher. Les technicos de Tiegboro avec leurs bérets noirs sillonnent encore les rues sur leurs chars du style Mogadiscio, mais ils respectent actuellement la priorité à droite (ou à gauche parfois) et saluent la foule de peur de se faire lyncher. J’ai failli même demander à une bande de cirer mes pompes avec leurs bérets. Quand aux célèbres bérets rouges du petit dadais, pour les voir il faut soit aller au camp – aucune chance de mon coté, soit suivre tous les soirs la RTD (radio-télé dadais) – aucune chance de mon coté non plus…Il parait qu’il y a même certaines mosquées intégristes (du quartier Bagdad) qui refusent de prier leurs morts! Dieu est Grand et dadais est petit, Walahi!

Le petit dadais nous a sevré de Dadis-Show mais ses faucons, les Bandits-Chefs sont très actifs en ville; avec l’autre camp, les Bravos, ils se regardent comme deux toréadors dans une corrida espagnole; tous les coups tordus sont permis et il est impossible pour le moment de savoir si le gentil Mohamed Ali pourra renverser le méchant Moussa Foreman…Dans notre remake local du «Rumble in de Jungle» de Kinshasa, la bataille est émouvante: les Mamadou Ali ont dribblé les Moussa Foreman et ces derniers se font fâchés et ils ont tapé (Kon, Kon, Kon!) sur leurs têtes très dures avec des pilons de cuisine jusqu’à ce qu’ils soient devenus tous petits. Mais l’arbitre du combat, la communauté internationale a donné des scies électriques aux Mamadou pour équilibrer les batailles et donc ceux-ci sont entrain de scier (Tac, Tac, Tac!)  les Moussa par le bas, jusqu’à ce qu’ils aient tous de nouveau la même taille encore.

Depuis un mois, la guerre est féroce, mais sans Sons et Lumières; la haine est dans les têtes et dans les cœurs, mais on s’embrasse tous les jours aux petits-dejs et déjeuners au Damier, le «Bocuse» national.

Il y a quelques jours un pauvre civil a peté dans le Camp Alpha Yaya Diallo (CAYD ou CAID comme vous le sentez) vers 19h00. Le pauvre a été déchiqueté par les projectiles des kalaches, des bâillonnettes, des grenades, de canons et des bazookas pendant qu’il souriait encore de plaisir, Walahi….Chuuut!

Le 19 du mois, les Mamadou Ali et les Moussa Foreman sont allés se disputer de nouveau sous l’arbre à palabre de l’ex-beau Blaise du Brukina Facon; et comme prévu, le médiateur a sorti son marteau pour taper dur (double Kon, Kon, Kon!) avec les Moussa sur les têtes très dures des Mamadou – il faut dire quand même que ces derniers sont très naïfs ou très bêtes (comme les qualifient tous les gens): ils acceptent au début des palabres comme médiateur entre des putschistes assassins et des représentants du petit peuple un mec qui a été choisi par la Cosa Nostra ouest-africaine et qui est en plus un ancien putschiste qui a tué tous ses meilleurs amis putschistes de chez lui! De plus il tue des journalistes innocents mais curieux et il veut changer la constitution de son pays pour rester président à vie qui sera ensuite remplacé par son jeune frère! Donc ce qui devait arriver arriva…Mais Dieu merci, l’arbitre du combat, la communauté internationale veillait et maintenant c’est elle-même qui scie (double Tac, Tac, Tac!) le médiateur et les Moussa pour les remettre à la même taille que les Mamadou…

En plus, vers le milieu du mois les mercenaires d’une commission d’enquête comprenant 3 pistoleros multicolores ont été envoyés pour creuser la vérité locale par un certain Bankimoon, un chinois né en Corée et qui vit à New-York – la mondialisation-là va nous tuer, Walahi! Les 3 justiciers ont eux-mêmes débarqués à Conakry le 25 du mois pour 10 jours de fouinage et les listes d’attente des plaignants sont déjà pleines, mais là aussi c’est Chuuut…

Votre dévoué Haroun Tazieff est formel: le panache sur la croute est déjà visible mais elle tient encore un chouia; mais en dessous, la lave est rouge et bouillante, plus que le thermoplongeur dans ma douche.

Kai !, Kai ! Kai !

·       Côté «restes du monde»

Du fond de mon trou noir je ne vois pas les Yakos et les Bravos; ici la connexion internet est en ADSP (A Demain Si Possible) alors pardon envoyer moi un SMS uniquement si Obama est renversé par une junte militaire dirigée par Hillary (et Bill) Clinton ou si le procureur Ocampo de la CPI lance enfin un mandat d’arrêt international contre W. Bush.

J’ai néanmoins appris un Yako local terrible: hélas, hélas, triple fois hélas, les vrais éléphants du foot ivoirien ont chicoté une fois encore leurs faux homologues guinéens, les boutant du coup hors de la coupe du monde et de la CAN 2010, les 2 derniers espoirs de bonheur des Conakrycas. Le ministre des sports était tellement fâché, il a dissous 48 heures après l’équipe nationale et le collège des entraineurs nationaux; et ce n’est pas fini, il promet en plus de dissoudre bientôt son ministère, tout le gouvernement et ensuite le CNDD – quel Grand Homme, Walahi!

Encore un autre Yako encore plus grave: la «tête de mort» du Camp Boiro, le dernier vestige des crimes du pdg et du martyr de nos parents qui restait encore a été détruit, rasé le 25 de ce mois – quand je pense que nous avons 4 de nos frères à la tête du pouvoir et du système actuels ici, je ne sais plus que penser et dire; il est vrai (à leur décharge) qu’ils n’ont pas vraiment connu nos parents communs, leur morale, leurs principes et leur étique – ils étaient encore trop jeunes quand ast les a arraché à nos cœurs…

Pour tout le reste ISI SAMAN FOU…

 

A la prochaine, Inch Allah….

 

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About A.O.T. Diallo

Un quinqua hédoniste qui plane sur le Web...
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