“ON DII KOI, ma chronique mensuelle…” Fevrier 2010

Conakry, le 28 Février 2010

Me isi ce 31 fevrier, Walahi!

Les coups de gueule d’un afro-optimiste en colère,

« Je pense que l’instruction ne nous ne nous fait pas grand bien si elle n’est pas mixée avec de la sueur» (Barack Obama)

  • Côté perso, »

« 3e transition vers la 3e République»  – la 3e Télé-Novéla guinéenne!

Salutations Distinguées d’un vulcanologue au fond de son trou

Salut my people,

Ce mois démarre fort: d’abord le 1er est mon anniversaire, mes 45 ans de bons et loyaux services à ma petite famille et de services plutôt moyens à tous les autres habitants de notre triste planète. Hélas, pas de bonne pâtisserie ni de bougies de fêtes à Conakry-la-sale donc on a mangé poisson-frites et bananes plantains…

  • Puis le 4, Mister T, le body-killer le plus recherché de la planète Guinée se rappelle au bon souvenir de ses ex-potes du CNDD, juste pour dire que le rapport pourri produit par leurs mercenaires juridiques sont des gros menteurs et qu’il leur fixe rendez-vous maintenant là la CPI de La Hayes. Aie!! Il les a bien tripotee, Walahi! Ils ont obtenu exactement ce qu’ils ne voulaient pas: au lieu de faire profil bas avant l’arrivée en mi-février du procureur adjoint de la CPI qui vient confirmer ce que tout le monde sait déjà càd que la Justice à quitté le pays en 1959, ils ont voulu se laver de tous soupçons sur les crimes  28 septembre en pondant un rapport où Mister T est responsable de tous les maux du pays. Du coup notre karateka national (qui se transforme tous les jours ici en chat, chien, bouc et même stylo Bic) leur a répondu comme il faut en leur fixant rencart très bientôt en Hollande. Depuis j’ai entendu dire  qu’ils ont tous la diarrhée car les projecteurs sont d’autant plus totalement braquées sur eux, maintenant que nous savons tous que la Vérité totale sortira finalement sur ce massacre maintenant.

  • La passation de service entre le lapin entrant et le mollo sortant a lieu dans le triste décor du Palais du Peuple le 26 janvier. Mauvaise augure, Walahi…

Soignons ensemble la Guinée

Nous avons tous la responsabilité morale et intellectuelle de reconnaitre que notre pays est malade, très malade! Il nous faut le soigner ensemble, en faisant tous certaines concessions pour nous permettre de le guérir. Après quelques mois de séjour ininterrompu au pays, mon œil encore neutre voit trois problèmes prioritaires pour démarrer vraiment le changement radical chez nous. Une transition, quelque soit sa qualité, quelque soit le caractère transparent et impartial des élections qu’elle organisera ne le guérira pas dans le sens que nous le voulons tous, pour nous permettre de rejoindre enfin le concert des nations en voie de développement si nous ne nous attaquons pas très vite à ces problèmes. Mes professeurs m’ont appris que si le diagnostique est bien posé, le problème est déjà en partie résolu; depuis j’utilise cette leçon pour tous les aspects de la vie.

  • Le pire problème est la culture de la médiocrité mise en place depuis plus de 50 ans.  Notre système de gouvernance est maintenant basé uniquement sur cette tare. Nous sommes devenus des spécialistes, des professionnels de haut niveau dans ce domaine. Tout le monde est persuadé qu’il peut être ministre, directeur de projet ou même président même si il sait pertinemment qu’il n’a pas les qualités techniques et morales indispensables pour cela. Ils pensent tous: «pourquoi pas moi, après tout tel autre l’a été pendant X années alors qu’il a raté plusieures fois le certificat d’études primaires». Il leur vient rarement à  l’esprit que depuis le début du XXe siècle il y a des formations spécifiques, particulières et pointues qui permettent de devenir un bon ministre des finances ou ministre du plan et qu’il faut en plus des qualités managériales et de l’expérience professionnelle à un niveau de décisions assez importantes pour être premier ministre ou président de la république. Un très bon politicien ne peut pas être un bon premier ministre, mais il peut néanmoins être un grand président, s’il s’entoure d’une équipe de technocrates compétents et qu’il écoute avant de prendre ses décisions importantes; dès qu’il cesse de les écouter pour décider avec un groupuscule de flatteurs qui ne pensent qu’à leurs petits intérêts idéologiques ou financiers, cela tourne alors rapidement à la catastrophe. Le meilleur exemple de ceci est le parcours chaotique de George W. Bush à la tête de la première puissance mondiale. Après cette situation ne peut cesser que si la nouvelle tête du pays est reconnue compétente, brillante même, propre dans la grande majorité de ses actes et paroles, juste et patriote. Le meilleur exemple est Barack Obama qui gère aujourd’hui le même pays depuis à peine un an et qui a déjà reçu le prix Nobel de la paix alors qu’il n’a même pas pu encore prouver ses qualités intrinsèques à tous. Le jour où nous aurons un chef à la tête de notre pays qui aura toutes ces qualités et qui les imposera à tous ses collaborateurs et à toute notre administration, je suis persuadé que tous les guinéens commenceront à changer.

Certes ceci prendra un certain nombre d’années mais une fois le processus bien démarré, si la tête et le cou du pays maintiennent le même cap qualitatif alors nous finirons tous par vaincre ce fléau qui nous plombe aujourd’hui dangereusement. Nous apprendrons à dire «non je ne suis pas d’accord» sans avoir peur de voir le monde s’écrouler devant notre famille et nous-mêmes. Nous apprendrons à devenir des adversaires pour défendre nos idées différentes mais complémentaires et non plus des ennemis uniquement parce que nous avons des convictions divergentes. Nous apprendrons même à nous respecter entre automobilistes au lieu de transformer toute confrontation actuelle dans la circulation en un combat du plus fort, du plus téméraire et du plus irrespectueux.

  • Le deuxième est l’absence presque totale de patriotisme. Le jour où nous entendrons tout guinéen où qu’il soit dans le monde dire avec conviction «La Guinée» comme les maliens disent «Le Mali» alors nous cesseront progressivement de parler aussi minablement d’ethnocentrisme tel qu’on le fait actuellement. J’ai été impressionné de vivre quatre années de suite dans ce pays et de voir de visu la fierté et l’amour de la patrie de ses habitants. La seule allusion à l’ethnie ente eux se fait dans le cadre du Sanakhouia traditionnel mais dès qu’un Malien est en péril ou attaqué par un quelconque étranger, que ce soit au Mali ou à l’étranger, ils se lèvent tous comme un seul homme pour le défendre farouchement. Le jour où nous serons arrivés à ce niveau alors nos sages et nos religieux se donneront franchement la main pour régler tous les différends entre guinéens; les fonctionnaires et les acteurs du secteur privé n’auront qu’une seule idée, celle de développer notre pays pour qu’il sorte de l’ornière et soit enfin une fierté pour eux et pour tous leurs concitoyens. On inversera le mode de gestion actuel des biens de la nation: du 90% dans la poche et 10% dans le projet nous passeront à 10% dans la poche et 90% dans le projet. Et finalement nous aboutirons (un jour) à 1% dans la poche et 99% dans le projet…Tous les guinéens seront mis progressivement de gré ou de force au pas de l’éthique du développement de la nouvelle Guinée.
  • Le troisième qui est aussi important que les deux premiers mais qui peut être leur catalyseur si nous démarrons par lui est l’absence criarde de tout processus national de Vérité, Justice, Pardon et Réconciliation. Il est urgent et indispensable pour nous permettre enfin d’aller de l’avant. Les âmes en peine de tous les guinéennes et guinéens morts injustement et cruellement planent encore au dessus de notre pays. Elles empêcheront toute concorde et toute volonté de travail commun tant qu’elles n’auront pas eu la justice et la reconnaissance qu’elles méritent pour leur permettre de remonter se reposer enfin en paix auprès du Seigneur.

Ne bâclons pas l’opportunité de cette première vraie transition qui pourrait nous sortir enfin de notre dèche nationale en nous laissant imposer des actions précipitées qui ne serviront qu’à cautionner les intérêts mesquins si habituels de nos chefs en Guinée.

Une nouvelle voie

Je me rends progressivement compte que nous sommes très nombreux à être vraiment fatigués des atermoiements, des calculs mesquins pour ne pas dire opportunistes et des compromissions nuisibles de nos forces vives; assez de peaux de bananes et de coups bas entre copains. En tout cas, personnellement ces gens-là ne me représentent plus car ils ne satisfont plus mes convictions pour une Guinée nouvelle que j’espère voir avant de quitter ce bas-monde. De très nombreux compatriotes que j’ai rencontré au pays et à l’extérieur sont prêts à tout sacrifier pour un changement radical dans leur pays et ils ont compris que les petits calculs et pratiques des 51 années précédentes ne pourront jamais satisfaire leur soif de renouveau. Que ce type d’erreurs ait été commis par la majorité des compagnons de l’indépendance guinéenne après la joie commune de  1958 est acceptable car ils étaient idéalistes et naïfs; et ils ont payé pour cela un prix bien au delà de leurs erreurs d’appréciation – mais aujourd’hui c’est inadmissible! Une nouvelle voie est indispensable pour changer notre destinée à jamais.

Et qu’on ne me dise plus que je suis un diaspo revenu récemment au pays et qui ne comprend rien à la situation politico-sociale de la Guinée. Mes yeux et ma pensée neufs et clairs l’ont au contraire trop bien comprise et analysée, et je refuse de me moudre dans le schéma imposé à la majorité des guinéens qui vivent ici et qui refusent de dire à haute voix leur désapprobation. Les guinéens qui ont vécu ou qui vivent hors de leur pays ont tous goûté aux fruits savoureux de  la démocratie, ils ont senti ses doux effluves, ont vu ses belles couleurs et ils savent que les convictions différentes créent des adversaires francs et parfois farouches, mais pas des faux opposants complices ou des ennemis à vie. Nous ne pourrons jamais reconstruire notre pays sans tous ses fils et filles réunis, sans toutes nos expériences locales et internationales mises ensemble pour créer finalement notre propre voie de développement… Paradoxalement la phraséologie démagogique de notre pauvre révolution comprenait plusieurs bons mots et concepts mais elle a en même temps paralysé toute velléité de les mettre en pratique…

Le moment est donc venu de dire haut et fort, publiquement et sans peur que la chape de plomb qui recouvre notre pays depuis 1958 en raison de tous les crimes impunis de ses filles et fils ne sera jamais levée tant que les pages tristes de notre passé et présent communs ne seront pas lues ensemble; tant que la Vérité et la Justice ne seront pas dites et écrites par des spécialistes compétents et neutres, nationaux et internationaux; tant que toutes les générations de victimes ou de personnes concernées par la violence de l’état des 51 dernières années ne se seront pas assises ensemble pour en discuter, preuves à l’appui, pour qu’après le Pardon et la Réconciliation nationale soient possibles pour la majorité d’entre nous et viennent enfin fermer ce triste livre de notre histoire. Il est totalement illusoire d’espérer que tous les guinéens vont accepter de refermer ce livre sans en avoir lu ensemble toutes les pages. La stratégie de l’autruche que nous pratiquons depuis un demi-siècle ne peut et ne doit plus être acceptée au XXIe siècle. Travaillons ardûment sur la Vérité et la Justice pour toutes les victimes innocentes en Guinée; et si nous le faisons bien, le Pardon et la Réconciliation suivront progressivement et de manière volontaire pour la majorité car essayer de les forcer ou de les escamoter rapidement est voué sans aucun doute à un échec cuisant.

Voici quelques exemples frappants qui mettent en évidence ce que nous ne voulons plus voir chez nous:

  • Quelle ironie du sort: nos principaux leaders de l’opposition revenus récemment d’exil en raison de promesses de sécurité du CNDD sont maintenant protégés de nouvelles exactions meurtrières par des bérets rouges, noirs et verts; ceux-là même qui sont directement responsables du massacre de leurs partisans venus en masse au stade pour les supporter le 28 septembre 2009. Notre nouveau PM est partout entouré par un bataillon de bérets rouges et verts! Parmi leurs gardes de corps il doit sûrement y en avoir certains qui sourient en pensant qu’ils les ont personnellement blessés bestialement ce jour-là. Comme c’est triste de constater qu’il est aujourd’hui impossible de faire la différence entre les cortèges fous des chefs du CNDD et ceux des présidents des forces vives. Il n’y à  qu’en Guinée que ceci soit imaginable et accepté avec résignation par tous
  • Nos forces vives se félicitent tous les jours des «accords de Ouaga»; même le seul téméraire d’entre eux jure en descendant de l’avion qu’il va «contribuer à ce que l’accord de Ouaga du 15 janvier soit appliqué dans son contenu et dans son esprit». Pourtant il ne s’agit que d’une entente complice entre membres du CNDD devant un capitaine putschiste qui est responsable de la mort de ses amis et de ses journalistes. Qui avait déjà vu un accord signé à la fois par un chef et par son intérimaire? Et sans partie adverse à la première? Je trouve que c’est plutôt un accord entre militaires putschistes et cela aurait dû être dit haut, fort et publiquement par nos présidents des forces vives qui adorent les déclarations sur RFI et France 24. Seul notre nouveau PM a osé dire un soupçon de Non à ces accords mais comme d’habitude avec tellement de malice et de manière si alambiquée que personne ne peut en conclure qu’il s’y oppose farouchement.
  • Vive le culte permanent de la personnalité chez nous: après Sékou Touré, Lansana Conté et Dadis Camara voici maintenant de nombreux pare-brises de voitures, de poitrines de citoyens et de murs de boutiques ornés de la photo couleur de notre General Sauveur. Bientôt son portrait colossal remplacera celui de tous ses prédécesseurs dans la salle des congrès du palais du Peuple. Courtisans, délateurs, petits escrocs et organisateurs de mamayas de toute notre sous-région, unissez-vous et préparez-vous car la pagaille et les bonnes affaires reprendront sûrement très bientôt. La famille de notre nouveau PM doit être bien malheureuse et fatiguée depuis quelques semaines car les belles soirées en famille sur leur terrasse à compter ensemble les étoiles du ciel sont bien finies pour quelques mois.
  • On demande à notre nouveau PM de former avec ses collègues des forces vives un gouvernement de transition; au bout d’une semaine ils ne nous offrent qu’un nouveau porte-parole. Comme si c’était une priorité actuelle, maintenant qu’ils sont justement dans le fauteuil du chauffeur!
  • Le 03 février le porte-parole du CNDD nous livre la composition de nos deux nouveaux gouvernements: le No 1 de 22 membres à la présidence (comme le shadow-cabinet de N. Sarkozy) et le No 2 de 33 membres à la primature (comme la bande de figurants de F. Fillon); quel est d’après vous celui qui ne servira qu’à orner la galerie? Nous voici donc avec un double exécutif de 55 membres pour 6 mois – encore un record peu flatteur! Ce 12 février, nos  forces vives après 3 semaines de palabres n’arrivent toujours pas à nous présenter leur gouvernement pléthorique qui sera assurément basé sur des critères partisans et ethno-stratégiques, donc à priori inapte pour faire de manière efficiente et rapide (6 mois) le travail qui lui a été confié. Adieu les critères minimums habituels pour ce genre de responsabilités. Qui pourrait dire aujourd’hui de quelle ethnie ou de quelle tendance politique les 11 principaux joueurs de Hafia 77 étaient? Nous étions tous comme un(e) seul guinéen derrière eux parce tout le monde était unanime sur le fait qu’ils jouaient bien au ballon dans un style homogène, efficace, élégant et qu’ils marquaient beaucoup de buts sans en encaisser trop. Et puis finies toutes ces palabres à huit-clos ou parfois cachées alors que ce qui y est discuté est notre avenir à tous. Nous ne voulons plus de compte-rendu et de communiqués finaux insipides et aseptisés qui se ressemblent chaque fois comme 2 gouttes d’eau.

Une nouvelle voie est non seulement possible, elle est indispensable pour changer définitivement notre chère Guinée, pour obtenir l’avenir radieux que nous et que nos enfants appellent de tous leurs vœux. Nous ne pourrons pas la réaliser à court terme vu le contexte actuel – travaillons donc sur les moyen et long termes. Cette voie devra être préparée avant et mise en place dès le démarrage du 1er gouvernement démocratique de notre pays. Il ne faudrait surtout pas négliger la condition préalable et incontournable à la pérennité de celle-ci, celle qui pourra enfin nous sortir de notre très mauvaise habitude de n’applaudir que nos cousins et de saboter avec la même ardeur tous les autres: il faudra avant toute action réussie réconcilier définitivement les guinéens entre eux. Il faudra mettre fin à la juxtaposition de communautés et d’associations hostiles, voir haineuses que nous sommes devenus pour reconstruire la Nation unie que nos pères et mères avaient crée en 1958…

  • Côté «restes du monde»

Du fond de mon trou noir j’ai enfin réussi à construire un télescope géant et j’aperçois donc maintenant certains Yakos et Bravos:

–          Yako à Tanja-Bandit: il a été bien dégommé sans façons par des vrais soldats (« nous ne sommes pas des vendeurs de carburant dans l’armée, des Dadis! »). Prions tous pour que ce soit vrai et que le glas ait enfin sonné pour les dictateurs à vie (ou à famille) en Afrique. Wade, Biya, Compaoré et Gbagbo ont dû mal dormir en apprenant cette bonne nouvelle!

 

Au mois prochain,  Inch Allah….

 

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About A.O.T. Diallo

Un quinqua hédoniste qui plane sur le Web...
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