Une Nouvelle Voie (Octobre 2015) : règlement de comptes à Chaos Corral

Bienvenue à mon bilan du 10e mois de l’An 05 de la Condécratie, un modèle de démocratie stalinienne avec très peu de travail, justice et solidarité ; un subtil mélange de communisme à la FEANF et d’affairisme sans scrupules. Je continue donc mon exploration mensuelle des méandres des décisions importantes pour la Nation prises par nos nouveaux chefs en proposant des pistes de réflexions et d’actions qui pourraient être envisagées pour que le « vrai changement » soit effectif.

  1. Echantillon de paroles et pensées présidentielles du mois: « Nous célébrons en ce 2 octobre 2015, le 57ème anniversaire de l’indépendance de notre pays. A cette occasion, il me plait de constater que malgré les vicissitudes qui ont parfois jalonné notre histoire commune, nous demeurons un peuple uni, toujours prompt à brandir son attachement à la patrieLa Guinée a enfin tourné la page du déficit démocratique, la compétition politique est devenue exclusivement civile, notre armée étant revenue à son rôle républicain de défense du territoire et de la préservation de la paix depuis que la réforme de l’institution et sa modernisation ont permis de réconcilier l’armée guinéenne avec la Nation Les causes du retard de la Guinée, tout le monde le connait, c’est parce que nous nous considérons peulhs, malinkés, soussous et forestiers. La deuxième chose qui nous met en retard c’est le mensonge. Les guinéens aiment trop mentir ». (le 02, lors du blabla annuel traditionnel) ; « Je distribue de l’argent pour aider les plus démunis, pas pour acheter leurs voix…Si je vous suis bien, je devrais, ainsi que mon gouvernement cesser toute aide aux populations démunies en période préélectorale ? Cela n’a pas de sens… Exemple : je suis allé visiter la sous-préfecture de Dalein, d’où est originaire Cellou Dalein Diallo. Bien que ce dernier ait passé une décennie au gouvernement, en tant que ministre et Premier ministre, il n’y a rien à Dalein, ni marché, ni maison de jeunes, ni villa, rien. Il faudrait donc que je laisse Dalein croupir sous prétexte qu’il y a une élection ? Je suis responsable de ce pays qui m’a élu… L’État lui-même, je ne me suis pas rendu compte à quel point il était inexistant, à quel point l’héritage était miné, à quel point il fallait tout refaire – armée, police, justice, administration. À quel point surtout l’absence de ressources humaines compétentes était criante. De tout cela, j’ai pris depuis la mesure en demandant à des experts extérieurs comme Carlos Lopès et Dominique Strauss-Kahn de nous aider à résoudre nos problèmes de gestion et en faisant appel aux Guinéens qualifiés de la diaspora…Première chose : ce n’est pas moi qui ai créé la police guinéenne telle qu’elle est. J’en ai hérité. Avec quelle baguette magique aurais-je pu faire disparaître en cinq ans des comportements enracinés depuis vingt ou trente ans ?… Depuis que je suis Président, aucun homme politique, aucun journaliste n’a été mis en prison. Et pourtant, les trois quarts des radios privées en Guinée fonctionnent dans l’illégalité, et certaines ont des airs de Radio Mille Collines. Il faut arrêter de nous observer avec les lunettes du passé. Je sais maintenant comment contourner les obstacles et éviter les erreurs. J’ai gagné en expérience des hommes et de la gestion. Ce sera à la fois une continuation et un nouveau départ. Ce que je fais, je le fais souvent par défaut. À partir du moment où le problème de ressources humaines est réglé, pourquoi voudriez-vous que je continue à m’occuper de tout ? Plus j’aurai de cadres compétents, moins j’aurai besoin de m’investir. » (le 04, lors d’une interview à Jeune Afrique) ; « Si on parle de bauxite  de Guinée aujourd’hui, c’est parce que c’est parti des îles Loos. Mais progressivement les îles ont été abandonnées à elles-mêmes. Elles ont été délaissées comme si elles n’étaient pas habitées par des humains. Pourtant, leurs habitants disposent des mêmes droits que ceux de Conakry. C’est pourquoi, nous allons tout faire pour qu’ils aient les mêmes avantages que les habitants de Conakry (le 08, à l’inauguration d’une gare maritime dans la commune de Kaloum) ; « Oh ! Est-ce que j’ai le temps ? Je ne sors pas, je ne regarde même pas la télévision. C’est pour dire, je ne suis même pas la campagne à la télévision. Parce que l’Etat guinéen ne s’arrête pas…D’abord premièrement je n’ai pas vu mes affiches. C’est mes équipes. La plupart des affiches je ne les ai même pas vues. Moi je ne m’occupe pas tellement de la campagne. J’ai des équipes pour ça. Moi je gère l’Etat…Mais d’abord l’Ebola nous a fatigué parce qu’on n’avait pas de bons hôpitaux donc on a commencé le nouveau centre de l’hôpital de Donka, on a commencé à construire des centres de santé en milieu rural, dans les sous-préfectures. L’Ebola nous a fatigué parce qu’on n’avait pas de routes, donc on a commencé à faire les infrastructures, tant sur le budget national qu’avec la BAD. L’Ebola nous a fatigué parce que les entreprises étrangères sont parties. Nous allons maintenant faire la promotion des entreprises guinéennes par le partenariat public-privé et africain. Donc vous voyez, en quelque sorte L’Ebola nous a amené à réfléchir, à revoir complètement notre politique de développement…Regardez la Guinée à la mort de Sékou Touré : on avait plus de cent usines. Quand je suis venu est-ce qu’il y avait une seule usine ? La Guinée a été le premier pays d’Afrique noire après l’Ethiopie à avoir des commandants de bord et une compagnie aérienne. Est-ce que j’ai trouvé une compagnie aérienne ? Qu’est-ce que j’ai trouvé ? Rien ! Les usines ont été bazardées, l’agriculture était à terre, les paysans ne conservaient même pas dix mille tonnes d’engrais. Si c’était des gens qui n’avaient jamais gouverné je les aurais pris au sérieux. (le 09, interview en direct sur RFI) ; « Un nouveau départ. Une nouvelle ère. Un jour nouveau se lève pour notre pays. Je tends la main fraternelle et sincère à tous les Guinéens, où qu’ils se trouvent, indépendamment de leurs convictions politiques, pour écrire ensemble en lettres d’or ce nouveau chapitre de notre belle histoire commune » (le 18, sur « son » compte Twitter après avoir nettoyé ses poings suite au knockout de 7 contradicteurs en même temps) ; « Je suis un politicien, j’ai dit que l’élection présidentielle aura lieu le 11 octobre et c’est ce qui fut fait. Je fais la politique avec la tête, pas avec le cœur. Vous ne connaissez pas la politique, laissez-moi la faire. Les gens venaient me dire que cette année ça va chauffer, les gens vont mourir, me disant que les marabouts ont fait des présages. Moi, je ne vais pas chez un marabout, je ne compte que sur Dieu… Ne détruisez pas les biens des autres car son bien peut te servir un jourLes gens se battent pour des postes. On me dit que j’ai appelé quelqu’un à la présidence… Moi, j’appelle les économistes pour leur demander la situation socio-économique du pays. J’écoute tout le monde. Les gens sont pressés pour des postes, moi je ne suis pas pressé car l’investiture est prévue le 21 décembre. Donc, j’ai 2 mois encore. Faites-moi des propositions. Je veux écouter tout le monde. Je vais à présent nommer des cadres compétents, qu’ils soient soussou, malinké, peulh ou guerzé, je ne vais nommer que des personnes compétentes pour faire avancer le pays » (le 24, lors de la mamaya géante organisée par ses fanas pour fêter la victoire globale et multiforme).
  • Pour : le PPAC a obtenu deux nouveaux surnoms lors de cette campagne : le « Président-Bâtisseur de L’Ebola  et le petit Roi ». Après sa victoire nord-coréenne particulièrement en Haute Guinée (plus de 90% partout) le PPAC a pour une fois le triomphe modeste dans son 1e message à la Nation en tant que candidat-Président-KO. Il a bien retenu la leçon de Confucius qui disait qu’il ne fallait pas écraser son adversaire après l’avoir terrassé en public sinon il reviendra encore plus déterminé la prochaine fois. Ce type est politiquement un maestro !
  • Contre : mes amis, après la lecture des 1e phrases du discours du 02 j’ai ressenti une grande insulte à mon intelligence et une grande pitié pour ceux qui ont du l’écouter et applaudir. Du coup je n’ai même pas lu la suite. Mon sentiment après cette débâcle électorale : de nombreux Guinéens apprécient les dictateurs et les dictateurs les adorent encore plus, Walahi !

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  1. Les décisions et actions « positives » du mois ; le 01, la Guinée s’engage à réduire de 13% les émissions de gaz à effet de serre afin de contribuer le plus efficacement possible à son développement durable car « la Guinée se veut être un pays stabilisateur de la sous-région à l’horizon 2030 en s’efforçant de rester un puits de carbone » ; le 05, le PPAC lance le programme « un étudiant – une tablette (numérique » ; le 19, le PPAC décrète la « suspension pour fautes lourdes » du directeur général de la RTG (Radio Télévision de Guinée) ainsi que du directeur de la télévision et du directeur du service national de diffusion. Selon certains commentateurs, c’est l’incapacité de la RTG à diffuser correctement (images sans sons) les résultats provisoires de la CENI qui a été la goutte d’eau qui aurait fait déverser le vase pourtant plein depuis des décennies ; le 18, les 128 délégations spéciales qui vont remplacer les maires des communes urbaines et rurales les plus peuplées du pays sont progressivement mises en place pour un mandat de 3-6 mois maximum avant les « très prochaines » élections locales ; le 23, le PPAC (version 1.5) montre ses premiers signes d’ouverture et de décrispation en invitant le numéro 2 de l’opposition Sydia Touré au palais pour bavarder de choses e d’autres pendant près de 2 heures. Il est vrai que dans ses propos des premiers jours d’euphorie il aurait émis le souhait de créer une ouverture politique, apaiser les tensions et qualifier la gestion du pays ; le 26, le PPAC décolle vers New Delhi pour nous représenter au 3e sommet Inde-Afrique. J’espère qu’il a pris un vol commercial même si pour ce sacrifice pénible il aurait fallu lui réserver toute la First class. D’ailleurs avec Émirats il pourrait même s’arrêter quelques jours à Dubaï pour voir si tout va bien du coté des placements financiers familiaux.
  • Pour : pendant les 10 premiers jours du mois le PPAC a inauguré des réalisations grandioses : barrage Kaléta, 1e pierres d’hôtels, tablettes numériques-cadeaux, gare maritime portuaire, 2e parc d’attraction Bluezone. Les 5 travaux de l’Hercule guinéen dont les résultats seront « capitaux à la réconciliation et à l’émergence de la Nation » selon les gnamakalas (bouffons) du RPCé. Pour les nouvelles délégations spéciales la particularité positive c’est qu’elles sont composées partout d’équipes mixtes avec des représentants du RPCé et des principaux partis de l’opposition, en tenant compte des résultats des élections législatives de 2013. Enfin une gestion décentralisée avec une représentation issue de tous les courants politiques. Tous les « gueulards » des quartiers vont jouer à la chaise musicale autour des 4 tabourets de la mairie au lieu d’haranguer les jeunes aux débats musclés dans les rues.
  • Contre : la blague sur nos efforts pour la COPE 21 est un coup médiatique rusé sinon il n’y aura pas d’invitations pour nos ministrons à passer le nouvel an à Paris aux frais de tontons François et Borloo. Quant à rester un puits, pas de problème nous sommes habitués et pas seulement pour le carbone. Pour les délégations spéciales, elles sont mises en place APRES l’élection présidentielle, juste pour enfoncer encore plus le couteau dans le ventre de l’opposition qui avait jurée et obtenue par écrit que c’était une condition sine-qua-non pour qu’elle participe au scrutin. Pour ne pas déroger aux habitudes nationales les RPCistes se bottent depuis dans de nombreuses communes pour savoir qui sera leur principal « partageur » du gâteau local. Les seuls perdants de ce processus essentiellement lucratif seront les coqs, chèvres, moutons et bœufs de couleur entièrement blanche ou rouge car leurs massacres sont déjà programmés par nos marabouts-bandits pour d’abord bien assoir les nouveaux bosses dans leurs bureaux ventilés et ensuite garantir leurs réélections dans quelques mois.

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  1. Les décisions et actions « négatives » du mois : le 30 septembre, le forum économique mondial a publié son rapport 2015-2016 sur la compétitivité dans le monde, l’indice mondial de la compétitivité (GCI – Global Competitiveness Index). Dans ce classement la Guinée occupe la dernière place (140e sur 140) du classement mondial. Vraiment c’est encore la faute aux anciens premiers ministres ; le 02, les guinéens résignés ont fêté dans la ville de Mamou l’ancienne fête nationale de l’indépendance rebaptisée « fête jaune RPCé ». Heureusement et pour la 1e fois certains habitants ont tenté de gâcher la mamaya qui fut d’ailleurs morose en raison de la politisation à outrance des cérémonies folkloriques. Certains ont enfin eu le courage de dire « ras le bol de toute cette démagogie » – les premiers symptômes de grippe burkinabé sans doute ; le 02, le PPAC fonce sur la région forestière après tous les grands ténors de l’opposition sachant que les analphabètes adorent toujours plus le dernier venu surtout quand en plus il est le plus généreux ; le 02, la CENI réceptionne à l’aéroport de Conakry 6,4 millions de bulletins de vote (pour 6,1 millions d’électeurs !) et 36.000 isoloirs pour une élection prévue le 11. Elle doit maintenant remettre le Concorde en marche pour la distribution afin que les électeurs de Yembering (chez ma maman) puissent rêver que leur village sera mieux que Dakar dans 5 ans, comme le leur a promis le PPAC une main sur le cœur, l’autre sur la bouche pour dissimuler son fou-rire moqueur ; le 03, les RPCistes de Nzérékoré déchainés par l’arrivée de leur Boss insultent à tue-tête et foncent sur les militants de l’opposition qui refusent de venir danser avec eux. Ils pillent et brulent des boutiques de commerçants au passage. La police et la gendarmerie interviennent bien sur après les punitions. Bilan : un mort, plus de 80 blessés dont une vingtaine par balles et une dizaine d’arrestations – la sauce électorale commence à bouillir ; le 05, la 2e session ordinaire de l’Assemblée nationale est ouverte avec 35 députés sur 103. Même son président était parmi les abonnés absents ! La distribution des « gnam-gnam » électoraux finit le dimanche suivant alors vraiment nos députés n’ont aucune envie de perdre leur temps à faire la sieste dans une salle non climatisée ; le 08, le retour du principal candidat de l’opposition à Conakry occasionne une intifada dans les quartiers RPCistes avec 1-2 morts, une vingtaine de blessés dont plusieurs par balles des forces de désordre, du vandalisme et de nombreux dégâts matériels. De nouvelles arrestations clôturent le spectacle hebdomadaire. Et pourtant le PPAC avait demandé à ses guerriers jaunes (il est vrai en chuchotant) de respecter le calendrier de la campagne qui autorisait cette mamaya opposée sans leur interférence. Le problème c’est que ses fanas de la «dictature jaune » sont encore plus bouchés que du béton armé ; le 09, le casse-la-gueule est total dans Conacrimes dans les communes de Dixinn, Matoto et Ratoma : passants, taxis, passagers – tout le monde en ressort avec son lot de bosses et bobos. Des boutiques des principaux marchés (Madina, Matoto et ENTA) sont pillées, brulées, une succursale de banque commerciale dévalisée, des voitures caillassées et calcinées. Les coupe-coupe, gourdins, machettes et pierres commandent la ville comme à Bujumbura grâce à de nombreux casseurs infiltrés dans tous les regroupements de jeunes avec l’aide des forces de dépenses et d’insécurité. Les policiers et gendarmes courent dans tous les sens comme des poulets sans têtes en balançant des balles et des cailloux comme leurs adversaires. RSF (Reporteurs Sans Frontières) qui a des émissaires sur place condamne publiquement à partir de Conakry ces exactions et en particulier le caillassage et gourdinage de représentants électoraux de l’opposition et de journalistes par les sbires du RPCé dans les préfectures de Kérouané et de Siguiri ; le 09, quatre amazones CENIardes (chez nous les pantalons servent surtout aux femmes) se désolidarisent de leur Président en dénonçant ses 4 dernières prouesses : refus d’informer ses adjoints et toute discussion sur la demande de report de 6 des 8 candidats ; acheminement, distribution des cartes d’électeurs et du matériel électoral dans uniquement certaines circonscriptions électorales ; formation inachevée dans certaines circonscriptions électorales ; défaillances au niveau de la cartographie qui va résulter en une frustration des électeurs. En résumé elles refusent d’être coresponsables avec leur patron et ses fanas de la mascarade du surlendemain. Enfin quelques faits concrets (mais toujours sans chiffres précis) venants des acteurs de l’intérieur sur les magouilles en cours et qui ne sont pas de simples lamentations à la maison de la presse sans preuves pour les défendre ; le 09, on annonce que le Japon a offert 500.000 USD pour l’achat d’équipement électoral et en particulier les urnes. Le problème est que l’élection est prévue 2 jours après ; le 10, pour la FIDH le bilan humain des 48 dernières heures pré-électorales s’élève à plus d’une centaine de blessés et au moins 7 morts à Conakry (3) et dans la sous-préfecture de Banankoro en Haute Guinée (4). Encore une réalisation à mettre au crédit du 1e quinquennat du Sanseman ; le 11, les rares encartés vont dans la pagaille traditionnelle à l’épreuve électorale. Imaginez à cette époque planétaire des NTIC que les listes électorales étaient sans ordre ni alphabétique ni numérique ! A moins que la CENI soit composée de 100% d’analphabètes elle ne pourra jamais justifier cela sauf pour des raisons évidentes de foutre la pagaille dans tous les bureaux de vote. A la mi-journée le chef des observateurs de l’UE donne un résumé des anomalies : l’établissement de la liste des  votants dans le désordre, le manque de quelques  matériels de vote dans le tiers des bureaux de vote, le retard dans l’ouverture de la moitié des bureaux de vote et dans un tiers des bureaux de vote il a été signalé un manque de quelque chose. Selon lui, « la CENI n’est pas aussi prête qu’elle le disait ». Il y a même certains compatriotes qui ont du voter dans un vieux bus désaffecté et sur calles à Conakry. Pour palier ses bêtises la CENI sort des communiqués en plein milieu du vote disant qu’on pouvait à partir de cet instant voter même si on ne retrouvait pas son nom sur les listes d’émargements et on pouvait voter sans enveloppes pour mettre les bulletins. Pour remplacer les feuilles d’émargement inutilisables la CENI propose des rames de papiers et des cahiers d’élèves – Oh mon Dieu, nous innovons même dans ce domaine; le 13, le chef de la mission d’observateurs de l’UE sensée représenter les Big Brothers lors de cette élection présidentielle décrit la journée comme suit : « on a fait beaucoup patienter les Guinéens le 11 octobre. Parce qu’il s’est prouvé que la CENI qui nous avait rassuré qu’elle était parfaitement préparée pour le scrutin  avait doté les bureaux de vote des listes d’émargements et des listes d’électeurs qui ne comportaient aucun ordre rationnellement compréhensible. Ni alphabétique, ni numérique…C’était le désordre  le plus total dans lequel les membres des bureaux de vote ont dû retrouver individuellement les lecteurs qui se  présentaient avec des cartes d’électeurs pour vérifier qu’ils figuraient bien dans leurs fichiers électoraux. C’était lamentable…Laissez-moi vous dire que (les nouveaux ordres en plein scrutin) c’était une  décision  extraordinaire d’autant plus que certains sont  en contradiction avec le code électoral. Une CENI préparée à l’élection ne doit prendre ces  décisions pendant le vote…Statistiquement, plus de la moitié du nombre des bureaux de vote n’avaient aucun moyen technique de prendre connaissance de cette décision de la CENI intervenue pendant que le scrutin était déjà en cours parce que les gens se trouvaient dans les bureaux de vote. ». Puis il conclut l’air dégoûté par « La mission continuera à évaluer l’impact possible de ces défaillances techniques durant l’organisation du vote sur la crédibilité des résultats issus des urnes ». Vous noterez néanmoins que cette dernière phrase ne signifie nullement que les observateurs ont « déjà validé le scrutin » comme certains journalistes locaux et étrangers l’ont immédiatement résumé. D’ailleurs le chef de cette mission d’observateurs a immédiatement démenti et s’est étonné de ce type de journalisme tendancieux mais la même presse a refusé de le reconnaitre et même de le publier ; les 14 et 15, la CENI-dépendante et certaines radios privées nous ont gâché toute le suspens en faisant couler au compte-gouttes les résultats par bureaux, puis préfectures. Comme je l’avais prédit non seulement le PPAC maintient sa popularité hystérique en Haute-Guinée avec des scores staliniens mais il double aussi son score de 2010 en Moyenne Guinée, le fief ethnique de son seul opposant « dangereux ». Ses meilleurs amis de la presse internationale s’exclament devant sa victoire éclatante au 1e tour avant même la proclamation des résultats. La cerise sur le gâteau maintenant sera de confirmer qu’en plus il aura battu son score général de 2010 (52%), indispensable pour confirmer les résultats exceptionnels du Sanseman 2011-2015 ; le 17, dans la soirée la victoire à la hussarde, précipitée et sans aucune finesse est annoncée : 57,85 pour le PPAC et 31,44% pour Cellou Dalein Diallo le chef de file de l’opposition. Le 2e opposant du pays, Sydia Touré reçoit gracieusement 6,01%, le Boss lui offrant ainsi la chance de récupérer ses 100.000 USD de caution. Ensuite il y a trois « un et poussières » %  (Faya Milimono, Papa Koly Kourouma et Lansana Kouyaté) et deux « zéro et virgule » %  (Georges Gandhi Tounkara et Marie Madeleine Dioubaté). Pour ces deux derniers groupes leurs sous sont déjà transférés et conservés bien au chaud dans les comptes guinéens à Dubaï ; le 19, soit 2 jours après la publication des résultats totaux provisoires, la CENI refuse de livrer les chiffres détaillés par bureau de vote. L’équipe technique de son « laboratoire électoral » n’a pas encore fini de traficoter les chiffres pour qu’ils aboutissent précisément (mathématiquement) au résultat final. Énervée, la mission de l’UE tape sur la table mais le PPAC s’en balance maintenant et le leur faire dire peu diplomatiquement par un CENiard ; le 21, nous apprenons que le géant minier russe Rusal est entrain de finaliser une méthodologie industrielle pour fabriquer de l’alumine à partir de l’argile de Sibérie. Des expériences aussi concluantes ont lieu dans d’autres pays gros consommateurs mondiaux. Voilà une belle leçon pour tous nos coqs guinéens qui chantent du matin au soir « nous ne laisserons jamais l’impérialisme mondial nous voler notre scandale géologique et le protègerons jusqu’à la mort pour nos enfants et petits-enfants ». Comme prévisible pour toute personne sensée et bien instruite, au rythme de l’évolution actuelle des technologies, plus on attend, plus on perd et par contre notre bauxite brute ne sera jamais transformée localement en riz et fonio ; le 22, Amnesty International publie son brulot habituel après toute élection en Guinée : « Guinée: Coups de feu tirés dans le dos de (2) personnes non-armées et tabassage à mort (1) par les forces de sécurité à Conakry ». Elle dénombre au total 6 morts entre le 08 et le 13 octobre et près de 80 blessés dont la majorité par balles. Mais la réponse PPACienne sera aussi implacable : Amnesty est militante active du parti d’opposition UFDG. Ces DDHistes sont les seuls vrais supporteurs du petit peuple du pays, Walahi ; le 23, les millions offerts par le PPAC comme motivation des électeurs dans le pays continuent à faire des malheureux dans les zones rurales. Cette fois-ci c’est un sous-préfet qui est pourchassé par les jeunes puis jeté en prison pour avoir détourné 25 des 100 millions GNF offerts à la jeunesse de sa sous-préfecture de Pita et ce jusqu’à remboursement total. Des casse-la-gueule identiques se multiplient dans de nombreuses communes surtout en Haute et Moyenne Guinée – cadeau c’est pour tout le monde dèh – pas seulement pour les petits-Boss ; le 26, tonton François reçoit le PPAC lors de son escale obligatoire au pays de son enfance pour fêter en avance leur bon coup socialiste fait aux guinéens.
  • Pour : comme chaque mois : R.A.S. (Rien A Signaler)…
  • Contre : tout ce qui est décrit ci-dessus est mauvais, très mauvais même, dans le sens de la démon-cratisation inexorable du pays alors lisez et vous verrez tous les « contre ». Sacré gouverneur politique de Conakry, pour un fait divers d’un crocodile capturé dans les égouts à ciel ouvert de son dépotoir de capitale il a expliqué à ses administrés à la télévision nationale que le monstre venait surement de la mer car son espèce y pullule. Qui sait, après cette découverte qui éblouira sans doute son boss il sera peut-être nommé ministre des sciences animales dans le prochain gouvernement. Ca plane haut au RPCé.

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  1. Formations, séminaires, ateliers, colloques et autres « rendez-vous du donner et du recevoir » du mois : formation des formateurs juniors sur les questions concernant le bon déroulement et la bonne intégration de la société civile guinéenne dans le processus électoral (!) ; atelier de présentation des résultats de l’étude du rapport éventuel existant entre la maladie à virus Ébola et la fragmentation des forêts en Afrique (!) ; formation de mise à niveau des agents réceptionnistes des call-center de la CENI sur la collecte des informations électorales (!) ; formation de 150 communicateurs pour la mise en place d’un système efficient de communication pour l’alerte précoce et le contrôle rapide de toute épidémie en Guinée ; formation en opportunité d’apprentissage du web 2.0 et les médias sociaux ; formation sur la lutte contre Ebola dans la préfecture de Dinguiraye (!) ; atelier de lancement du centre d’appui à la technologie et à l’information ; atelier de validation du guide d’élaboration des indices nationaux de la perception de la corruption et de la gouvernance (!).
  • Pour : le déroulement de l’élection a massacré le séminaire-bizness ce mois-ci (08). Pour me faciliter la tache le porte-parole de la CENI a résumé les principales formations offertes aux agents bénis de son institution-business center au cours de la 1e semaine du mois : « formation des membres des commissions de distribution des cartes ; formation des formateurs nationaux des agents des bureaux de vote ; formation des formateurs locaux des agents des bureaux de vote ; formation des agents de bureau de vote ; formation des membres des commissions administratives de centralisation de vote ; formation des commissions de réception des procès verbaux et formation des agents et officiers de la sécurisation des élections ». Walahi, ils sont imbattables, nous pouvons maintenant les exporter sur tout le continent.
  • Contre : encore une formation sur L’Ebola dans une préfecture où l’épidémie a déjà rendu visite puis disparu depuis belle lurette. Les cousins ont soit l’oreille très dure soit le ventre très vide dans le coin. Bravo aussi pour l’atelier d’élaboration d’un guide pour fabriquer des indices spécifiques à la Guinée pour la perception de la corruption. Notre corruption est-elle donc si différente de celle des 188 autres pays des Nations Unies pour nécessiter des outils révolutionnaires pour la reconnaitre et la combattre ? Les corrompus et corrupteurs ont de beaux jours devant eux en Condécratie.

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  1. Pour conclure quelques suggestions SMART (Spécifiques, Mesurables, Atteignables, Réalisables, Temporellement définies) pour changer le changement :

Mr le capitaine du Costa-Guinea vous avez réussi parfaitement votre remake guinéen du film classique américain « Règlement de comptes à OK Corral ». Les acteurs étaient au complet : les bons, les brutes et le méchant. Pour les armes cette fois-ci c’était des balles blanches pour tous les autres, des kalaches et machettes pour vous avec un bilan certes en baisse d’une dizaine de « dégâts collatéraux ». Pardon, le moment est venu de comprendre et d’accepter votre boulot de Président de 100% des Guinéens avec tous ses droits et devoirs : quand tout ira bien les gens chanteront et penseront sincèrement que c’est grâce  à vos prouesses, bénédictions et miracles, même/surtout quand vous n’y êtes en fait pour rien. Quand c’est mauvais les mêmes, à part vos fanas aveuglés par le fond de votre poche, penseront aussi que c’est de votre faute, jamais que c’est celle de vos prédécesseurs même s’ils étaient 1e ministres et complices éventuels d’un dictateur inculte. La démocratie actuelle ne fonctionne plus comme au temps de la FEANF. Juste 2 exemples pour vous le rafraichir la mémoire :
– Le Président Obama a été tenu responsable de la fuite de pétrole de BP dans le golfe du Mexique, pas parce que c’est lui qui l’avait provoqué mais parce que la réponse de son  équipe de gestion de la crise a été insuffisante et défaillante au début. Et il y a répondu efficacement, sans accuser ses anciens premiers ministres.
– Quant au Président George W. Bush, il ne s’est jamais remis de sa gestion PPACiènne de la crise suite aux dégâts de l’ouragan Katarina sur la Caroline du Sud.
Boss, c’est ça l’ « accountability » incontournable en démocratie au XXIe siècle. Chaque fois qu’un guinéen souffrira injustement ou mourra de causes non naturelles vous serez le premier responsable devant nous vos petits-enfants guinéens et vos grands frères français donc si cela ne vous convient pas prenez dès demain votre retraite qui sera de toutes façons loin d’être anticipée et laissez un autre kamikaze s’essayer à la gestion de notre foutoir national !

Finalement vous avez eu beaucoup de chance malgré votre manque historique de baraka depuis 5 ans : votre opposition vous a offert une ballade en calèche vers votre réélection. Elle aurait pu vous fatiguer grandement si elle s’était unie comme un seul homme, vous avait défié professionnellement dans votre triche élémentaire et avait ensuite boycotté l’élection visiblement truquée ou empêché stratégiquement le scrutin de se dérouler le jour-même. Comment ? C’était à ses chefs de le trouver pour mériter l’image de leaders charismatiques qu’ils projetaient à leurs militants. Le faire maintenant, après avoir presque volontairement accompagné une mascarade ne représente qu’une réaction épidermique à des egos blessés et frustrations mais avec aucun impact positif pour le guinéen d’en bas. Un nouvel analyste guinéen qui veut demeurer anonyme décrit bien ce qui se prépare pour certaines « démocraties africaines » de demain : « La dernière trouvaille des (dictateurs) africains en matière politique est expérimentée (une nouvelle fois) en Guinée par l’ensemble des acteurs susmentionnés. Il s’agit désormais de se faire élire au premier tour pour éviter toute possibilité d’alliance contre le pouvoir établi ». J’aimerais quand même vous faire une série de propositions simples qui ne nécessiteraient pas un référendum ou des concessions politiques presque impossibles actuellement pour passer de Condé vers.1.0 à Condé vers. 2.0 :
1) l’Assemblée Nationale pourrait sous votre diktat proposer et voter rapidement une loi qui imposerait un pourcentage minimum des votes ou de soutiens écrits des 4 régions + Conakry pour légaliser tout parti politique. Sinon trouver un autre consensus de statistique politique qui exigerait une représentation minimale partout en Guinée pour continuer à exister sur le paysage politique. Ainsi bye-bye les particules et hello les alliances obligatoires. Je suis persuadé que même pas 3 partis survivront à cette coupe drastique. Ce serait en plus l’arrêt subséquent de la pratique malsaine de créer des particules politiques ou une candidature présidentielle avec pour unique objectif de mettre en place un investissement pour un futur fauteuil gouvernemental ou une place juteuse à la nouvelle mangeoire.
2) Vous devriez très rapidement gracier tous les prisonniers et exilés politiques du pays sans passer par des magouilleurs souterrains. Ce serait la meilleure preuve de votre bonne foi et de votre volonté de montrer concrètement que vous voulez changer l’image que laisserez de votre passage au sommet de l’Etat.
3) Celle qui me plait le moins intrinsèquement mais qui est indispensable actuellement c’est de composer un gouvernement de cadres compétents mais en assurant une représentation minimale des principales communautés du pays. Cela devra cesser bien sur quand nous redeviendrons une Nation.
4) Et finalement oui, nommer Mr Sydia Touré qui est un gestionnaire techniquement compétent et issu d’une minorité nationale comme premier ministre pour casser le moral et les ambitions irréalistes des fanas du RPCé persuadés que la bombance va s’accélérer pour eux et pour commencer calmement et de la manière la plus neutre possible à mettre en place un véritable processus professionnel de Vérité-Justice-Reconstruction qui est à mon avis la seule solution efficace pour mettre fin au débat politique sinistrement ethnique actuel.

Tic-tac, Tic-tac, la montre tourne ; aujourd’hui est le 1775e jour du « changement radical » et du « Guinea is back » – déjà 4 ans, 10 mois et 10 jours !  La 1e leçon que toute la région devrait tirer de cette nouvelle « élection à l’africaine » est qu’il est temps que la CEDEAO mette en place une CENI régionale avec un expert de chacun des pays. Les peuples seront facilement convaincus des bénéfices humains et financiers pour eux car ils sont les premiers directement concernés par des résultats truqués et leurs conséquences. Les opposants radicaux à ceci seront uniquement nos petits rois nationaux qui siègent en notre nom dans cette institution régionale mais si les Big Brothers internationaux veulent vraiment accélérer la démocratisation sur le continent cela serait à la fois simple puisque ceux-là leur mange dans la main tous les jours et avec un impact évident. En attendant la cause profonde de toute cette malédiction guinéenne reste le règne de 26 ans de Satan Touré. La suite n’a été qu’un ramassis progressif de clones, dinosaures et débrouillards issus de ses entrailles dans un grand bain d’hypocrisie et de courtisanerie qu’il avait développé à l’extrême. Pour conclure sur une vision triste mais inéluctable : je vois autour de moi tous ces milliers de compatriotes qui, après avoir fini de manger leur motivation, vont se plaindre du matin au soir de leur misère croissante et de leur déception suite à leur « tromperie » de 2015 – le tout pendant encore 4 ans et 11 mois jusqu’à la prochaine campagne présidentielle. Nous avons eu 5 fois la chance de lancer la réconciliation et la reconstruction de la Guinée et nous l’avons gaspillée 5 fois – quel paradoxe pour autant d’opportunités rarement égalées dans notre région…

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About A.O.T. Diallo

Un quinqua hédoniste qui plane sur le Web...
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