Bienvenue à mon bilan du 23e mois de la Condécratie version 2.0. Je continue mon exploration mensuelle des méandres des décisions importantes pour la Nation prises par nos nouveaux chefs en proposant des pistes de réflexions et d’actions qui pourraient être envisagées pour que le « vrai changement » soit effectif.
- Echantillon de paroles et pensées présidentielles du mois:
- «Ce qui préoccupe les Guinéens qui m’ont élu ce n’est pas le 28 septembre, c’est l’eau, l’électricité, les transports et le panier de la ménagère… Soyons clairs, il n’y aura pas d’impunité mais je refuse qu’on instrumentalise ce drame à des fins politiques… (parlant des inculpés planqués dans son administration) Etre inculpé ne veut pas dire être coupable. Certains d’entre eux n’étaient même pas à Conakry quand le massacre s’est produit » (le 31 octobre, en parlant de l’hypothétique procès des responsables des crimes du 28 septembre 2011 au journal Jeune Afrique).
- « C’est bien que nous parlions aux usagers mais tournons-nous vers les ministres de la sécurité et des transports, le changement commence chez vous. Non seulement au niveau de vos ministères mais aussi au niveau de vos personnels et de vos services… Désormais monsieur le ministre de la sécurité, tout camion qui ne respecte pas les normes doit être mis Out. Il en est de même pour les camions citernes… Puisque nous avons une police militaire qui surveille le comportement des militaires il est important de faire la même chose en mettant une brigade chargée de suivre le comportement des policiers. Car très souvent les policiers demandent l’argent aux gens s’ils sont en faute, ils les laissent passer… Si les états généraux doivent aboutir à un résultat concret c’est d’abord le changement de comportement de la police, particulièrement la police routière… Il faut associer les chefs religieux pour qu’ils expliquent qu’on ne doit pas surcharger les véhicules, les passagers aussi ne doivent pas accepter aussi d’être surchargés. Si les chauffeurs le font il faut signaler à la police (le 06, à la cérémonie d’ouverture des états généraux de la circulation routière).
- « On mange mal chez nous, notre huile est mal raffinée. J’ai négocié pour qu’on ait une raffinerie d’huile pour qu’on n’importe plus l’huile et aussi pour qu’on ait une usine de sucre afin qu’on n’importe plus du sucre… On a essayé d’accompagner le secteur privé mais si vous n’apparaissez pas, comment voulez-vous qu’on vous aide ?… Le développement de la Guinée, c’est l’agro-industrie. Dès mon arrivée j’ai dit que je ne soutiendrais pas les commerçants. Les gens n’ont qu’à se recycler dans l’industrie que je soutiendrais. Le commerce ne fait pas avancer le pays. En plus, ça nous coûte cher en devises » (le 07, au cours d’une rencontre avec un groupement de femmes du secteur privé).
- « L’Union africaine (UA) est bien parvenue à faire taire les armes au cours des trois dernières années. L’énumération des conflits qui sont en cours actuellement fait clairement apparaître cette donnée… Si l’économie de nos pays est vue comme à l’époque coloniale, essentiellement en termes d’échanges avec l’extérieur, ces échanges étant vus surtout en fonction de la valeur des matières premières exportées, il est évident que nous allons continuer à dépendre des aléas de la demande internationale et des cours des prix que nous ne contrôlons pas… Nous n’acceptons plus que les problèmes africains soient réglés de l’extérieur car l’Afrique dispose de toutes les potentialités nécessaires pour prendre son destin en main et mener à bien son développement » (le 08, lors de la cérémonie d’ouverture du 10ème Forum MEDays de Tanger).
- « L’Europe s’est développée en appauvrissant l’Afrique. Il n’est donc pas normal de se débarrasser de nos enfants en demandant que nous signions leur retour en Afrique au risque de limiter les visas » (le 15, à la COP 23 à Bonn (Allemagne) lors de la rencontre « Africa Day »)
- « On ne fait pas de l’alternance pour l’alternance. On fait de l’alternance lorsque les peuples le veulent. Pourquoi voulez-vous qu’il y ait une alternance quand un président gère bien son pays avec l’accord de son peuple ? c’est quand il y a un bilan négatif ou bien quarante années au pouvoir sans résultat que l’on peut parler de nécessité d’alternance. L’alternance amène très souvent une chasse aux sorcières. Si l’on prend le cas de la Gambie, l’UA, la CEDEAO, l’ONU ont signé un communiqué commun donnant des garanties à Yahya Jammeh. A la suite de cela il est parti mais si après on le poursuit, on saisit ses biens, il est évident que cela n’encourage pas les présidents à accepter un départ. C’était la même chose avec Charles Taylor alors qu’en France quand un chef d’Etat quitte le pouvoir il a son bureau, du personnel. Si la démocratie marche dans les autres pays c’est parce que le président qui part sait qu’il bénéficiera de certains avantages. l’Europe a mis des siècles pour cela et que la démocratie est encore jeune en Afrique… Depuis que je suis président on n’a pas mis un seul journaliste en prison, mais dès qu’on arrête des journalistes c’est le tollé. Pendant ce temps des pays qu’on considère comme démocratiques arrêtent des journalistes tous les jours et on ne dit rien » (le 16, interview à Paris avec RFI et l’AFP).
- « Mugabé a été un très grand combattant, un héros africain. C’est dommage qu’il sorte par la petite porte et qu’il soit désavoué par le parlement. Nous sommes très heureux qu’il ait accepté de démissionner. J’avais dit que nous n’accepterons pas un coup d’Etat… Du fait que la Zanu (son parti) a demandé au président de démissionner c’est une solution politique qui respecte la constitution et qui sauvegarde la dignité du président Mugabé qui démissionne lui-même avec toutes les garanties et qui reste encore un héros mais avec toutes les garanties de vivre en paix. Nous sommes très heureux de cette issue… (concernant la grève des enseignants chez lui) Les forces de l’ordre doivent faire une gestion civilisée des manifestations, grenades lacrymogènes non pas en tirant à balles réelles. Nous allons savoir ce qui se passe mais aussi il faut savoir dans quelle condition parce que si un policier ou un militaire se trouve encerclé, menacé dans sa vie, il faut qu’il réagisse. Bon, il faut savoir dans quelle condition ça s’est passé… (concernant la bastonnade des journalistes par les policiers) Nous avons demandé des enquêtes pour établir les responsabilités et savoir si c’est une volonté de saboter le gouvernement. Ceux qui ont fait ça veulent peut-être saboter le gouvernement» (le 21, sur France24 de sa maison familiale, l’hôtel Raphaël de Paris).
- «Nous pensons que nos amis de l’UE n’ont pas eu raison de demander à la Libye de garder les migrants car elle n’a pas les moyens. En Libye il n’y a pas de gouvernement donc l’UE ne peut pas choisir un pays en voie de développement pour demander à ce pays de retenir des réfugiés… On sait qu’en Libye il n’y a pas de moyens » (le 22, sur le perron de l’Elysée suite à sa 1e rencontre officielle avec le Président Macron).
- « (concernant la grève des enseignants dans tout le pays) Il ne faut exagérer, il y a eu deux morts… Je rentre demain et nous allons voir comment trouver la solution » (le 22, en conférence de presse post-Élyséenne à Paris).
- « Cet après-midi je vais rencontrer les syndicats, les parents d’élèves et les patrons des radios. Nous avons signé avec les syndicats, on est tombé d’accord sur tout. Comment quelqu’un peut se lever pour faire la rébellion ? Mais ce qui est encore plus grave, il y a des radios qui diffusent. Or quand quelqu’un fait la rébellion, tu diffuses, tu es complice. Je viens d’informer que désormais toute radio qui diffusera des communiqués de Soumah (le syndicaliste meneur des grévistes) sera fermée parce qu’elle sera complice de la rébellion… C’est au moment où les bailleurs de fonds veulent venir en Guinée que certains profitent pour semer la pagaille. Ce qui fait que même ce qu’on gagne est paralysé par des mouvements comme ça. La Guinée est devenue aujourd’hui un pays sans Etat où chacun fait ce qu’il veut… Je suis en bonne santé, je ne suis pas malade, je ne suis pas mort. Et je vous ai dit que je vivrais cent ans s’il plaît à Dieu… Nous allons commencer par remercier la troupe (folklorique) qui accompagne le RPG tous les samedis. Pour les encourager nous allons leur remettre 200 millions (GNF). Aux artistes qui nous ont rejoints on va leur remettre 200 millions eux aussi. On va remettre 100 millions à la fanfare. Mais si vous ne recevez pas vos 100 millions c’est que Tidiane Traoré (conseiller à la présidence) aura détourné. Il faut le suivre » (le 25, lors d’une participation exceptionnelle à la mamaya hebdomadaire de son parti le RPCé à son siège).
- « Il y a des radios qui diffusent or quand quelqu’un aide la rébellion il est complice. Je viens d’informer lors de la réunion (de son parti) qui s’est tenue que désormais toute radio qui diffusera le communiqué de Soumah Aboubacar sera fermée parce qu’elle sera complice de la rébellion » (le 26, lors d’une rencontre d’intimidation des syndicats, du patronat, des groupes de presse et des associations de parents d’élèves dans son palais Satanya).
- « Nous sommes heureux de renouer de nouveau avec la tradition du festival national car nous renouons avec le passé le plus glorieux de notre peuple après l’indépendance. C’est à la culture que nous pouvons le mieux transmettre aux générations futures. Il n’est pas normal qu’on laisse un seul pas de la culture guinéenne disparaître… Voilà le challenge que vous avez à lever. Mais pour cela il faut être plus généreux. Quand vous donnez 30 millions aux vainqueurs vous ne les encourager pas. Comme M. Bantama Sow (ministre de la culture) est mon fils, le père doit rectifier les erreurs de son fils. Alors nous allons donner 200 millions aux vainqueurs, 100 millions la seconde place et 50 millions à la troisième place. Car les autres feront tout pour gagner l’année prochaine » (le 27, lors du lancement officiel de la 16ème édition du festival national des arts et de la culture (FENAC), une bonne vieille tradition de notre révolution satanique des années 60-80).
- «Il est vrai que nous avons été habitués à beaucoup de promesses qui n’étaient pas tenues, mais il faut savoir que cette page est tournée. Comme le disait Mme Merkel, bien sûr l’Europe est responsable du sous-développement mais lorsque la femme d’un chef d’Etat va faire ses courses sur les Champs Elysées ça contribue à l’immigration… Il faut dégager les journalistes, mais ils sont têtus ces photographes-là. Mettez-les dehors. S’il vous plaît les journalistes quittez ! » (le 29, à l’ouverture du sommet UE-UA à Abidjan).
- « Nous allons soutenir la jeunesse, créer des emplois en attendant que l’Afrique se développe afin que les jeunes ne migrent plus s’il plaît à Dieu » (le 30, interview à Abidjan).
- Pour : merci au boss pour cette explication on ne peut plus claire sur ses pensées profondes concernant l’alternance souhaitée du pouvoir africain et de ce qu’il attend de nous après son départ en 2020 mais là il vous plante grave et on le lui rappellera en temps voulu « s’il plaît à Dieu » aussi. Nous aurions eu peur de le comparer ouvertement à Taylor et Jammeh mais comme c’est lui-même qui le sous-entend ouvertement alors merci.
- Contre : des promesses encore de nouvelles promesses, depuis les usines de fried chips à Pita et de trempettes de tomates à Mamou promises en 2012. Les propos sur la chute de Mugabé sont aussi un bon indicateur de ce qu’il pense des « privilèges » dus à sa caste de demi-dieux. Pourquoi est-il si difficile d’accepter qu’après 2 mandats au pouvoir c’est Out, point barre, aucune discussion possible ? Les Guinéens lui montreront que c’est possible chez nous comme récemment au Zimbabwe, en Gambie et au Burkina. Concernant cette crise des enseignants il reconnait en plus que rien ne peut se régler au pays sans lui et donc que la solution ne sera trouvée qu’avec son retour. C’est rare de voir plus micro-manager que ça. Et en même temps qu’il parle des cris de désespoirs de ces crève-la-fin mangeurs de craie, il distribue deux fois de suite un demi-milliard aux griots qui chantent ses louanges ! En menaçant les médias privés qui oseraient donner la parole au syndicaliste Soumah, un responsable reconnu par son syndicat et qui jouit donc de tous ses droits il atteint un nouveau niveau à la fois inquiétant et ridicule. Maintenant tous les médias et journalistes du secteur privé sont victimes quotidiennement d’insultes, de brimades, d’exaction physiques, de bris de leurs équipements professionnels, de punitions et mêmes de poursuites judiciaires. J’attends maintenant de voir comment il va bloquer les sites du net car ils sont les plus consultés tous les jours y compris en Guinée. Que penser d’un leader politique revendiquant plus de 40 ans de lutte pour la démocratie, y compris une participation active aux grèves estudiantines de Mai 68 en France au coté de Daniel Cohn-Bendit et qui menace aujourd’hui de fermer des radios privées chez lui qui relaient des manifestations sociales, les seuls baromètres qui restent de la santé démocratique de son pays ? un opportuniste et un gauchiste à mi-temps.
- Les décisions et actions « positives » du mois :
- Le 07, la FIDH annonce officiellement que les trois juges d’instruction chargés de l’enquête sur le massacre du 28 septembre 2009 ont notifié la veille aux parties impliquées la fin de l’information judiciaire. En fait, selon le ministère de la justice, la clôture de l’instruction interviendra après les réquisitions du procureur de la République. L’ouverture d’un procès est donc désormais possible. Un petit pas de plus mais toujours un océan à franchir avant le 1e jour d’audience. A mon avis il faudra quand même attendre le départ du PPAC du pouvoir pour espérer voir ce jour-là arriver.
- Le 07, à l’initiative de toutes les associations et syndicats de la presse privée, la majorité des journalistes ont marché dans les rues de Conakry pour protester contre ce qu’ils appellent « les nombreuses atteintes graves à la liberté de la presse ». Parmi les slogans les plus hurlés il y avait « Sans liberté de presse, pas de démocratie, pas d’Etat de droit ! Les commissaires de la HAC dehors ! Nous ne sommes pas des gibiers pour les services de défense et de sécurité ».
- Le 16, la cellule com. du PPAC nous annonce fièrement : « Le gouvernement de la République de Guinée réunit jusqu’à demain les partenaires économiques et financiers du pays dans le cadre de son groupe consultatif organisé à Paris. À cette occasion, le gouvernement guinéen a récolté plus de 21 milliards de dollars d’engagements visant à soutenir les projets phares du Plan National de Développement Economique et Social (PNDES) 2016-2020, dépassant ainsi largement l’objectif initial des 14,5 milliards. Le PNDES guinéen bénéficie de l’appui inconditionnel de l’ensemble de la communauté internationale, autour des partenaires bilatéraux et multilatéraux du développement et des investisseurs privés ».
- Le 21, la présidente de la HAC (Haute Autorité de la Communication) essaie de sauver un peu la face après toutes les bévues récentes concernant la presse privée. Elle a fermement condamné par communiqué officiel les propos du ministre de l’éducation nationale (Mr I.K. Konaté) pour avoir dévoilé la veille l’identité d’une mineure victime d’un viol par son enseignant au cours de la grève en cours (nom, prénom, âge, nom des parents et domicile). Elle a aussi adressé un avertissement à la RT-PPAC pour avoir relayé les propos outrageants du ministre. Comme pour prouver qu’elle peut condamner tout le monde – de toutes les façons « tout le même monde » s’en fout complètement de ses propos.
- Le 22, c’est une date historique pour le PPAC, le RPCé et nos 2 gouvernements (présidence et primature) : papy-promesses est enfin reçu par Emanuel Macron à l’Élysée. Tous les précités sont aux bords de l’extase. Une maigre consolation puisque les jours suivants le petit frère survolera plusieures fois son palais pour aller visiter presque tous ses pays voisins.
- Le 24, à peine revenu pour une visite de courtoisie au pays, le boss s’est rendu aux domiciles des familles des deux jeunes tués pendant la grève scolaire par les forces de l’ordre pour présenter ses condoléances. C’est une nouveauté qu’il se rende lui-même au chevet des familles endeuillées par les balles de ses miliciens, en fait la première fois, après plus de 80 jeunes morts dans des circonstances quasi-identiques. Enfin un peu de compassion directe du 1e responsable indirect de ces crimes. Il leur a même donné l’assurance que cette fois-ci les auteurs et les commanditaires seront identifiés, arrêtés, jugés et condamnés. On attend de voir pour y croire.
- Le 27, la Présidente de la HAC, décidément déchaînée ce mois-ci, rappelle qu’officiellement la seule policière des médias c’est elle, ceci juste après les menaces publiques du PPAC. Il lui a fallu 2 jours quand même pour prendre son courage à deux mains, surtout en raison de l’ordre exécuté avec zèle par les laveurs de babouches habituels éparpillés dans l’administration publique, cette fois-ci au service de régulation des radios et TV et au gouvernorat de la région de Labé qui l’ont mis en pratique immédiatement, avant le chant des coqs planqués derrière leurs chambres à coucher. Une baffe au boss qui est pourtant l’Homme-Etat. Elle risque gros, peut-être même un décret de promotion au garage de la République, à moins que l’ordre ne vienne en fait de lui-même pour calmer justement ses petits faucons toujours excités à faire des pneumonies chaque fois que lui éternue. Du coup le gouverneur zélé a honteusement levé sa sanction dare-dare ce qui a bien fait rigoler tous ses administrés.
- Le 28, en réponse aux menaces et répressions sur leurs médias les patrons des radios organisent une émission synchronisée sur la liberté de la presse. Ainsi leurs auditeurs n’entendront que cette émission conjointe sur toutes les radios du pays. Ils ont décidé en plus de faire de la journée suivante une journée sans radio sur toute l’étendue du territoire. Dommage qu’ils n’aient pas eu le courage de faire passer ce sacré Soumah en synchronisation sur toutes les chaines, juste pour faire péter les plombs du boss et de ses zélés. Là on se serait vraiment marré à les voir essayer de sévir partout.
- Le 28, petite virée à Abidjan en tant que chef du village Afrique pour assister au 5e sommet Union Africaine-Union Européenne axé sur l’investissement dans la jeunesse pour un développement durable qui s’ouvre le lendemain. Pas question de rater une seule de ces rencontres du « tiens petit » et du « merci patron ». Fini le temps des Sankara et Konaré qui osaient dire non à ce genre de rencontres. Aujourd’hui c’est le conformisme africaniste, il faut absolument y être, pour parler de couper le cordon ombilical sans toucher au pognon.
- Pour : pour la nouvelle manne financière il y a en fait 12,6 milliards de dollars d’engagements fermes dont 7 milliards de dollars émanant du secteur privé. Il faut préciser néanmoins que la majorité des budgets promis (Chine, UE, groupe BM et agences arabes) sont en fait déjà dans le pipeline budgétaire national existant, la moitié venant de nos frères chinois. Bref un deuxième 20 milliard USD de promesses financières la main sur le cœur mais pas de si tôt dans notre banque centrale ni nos ministères. Pour cela il faudra des projets banquables solides avec des administrateurs et gestionnaires pour les préparer, les réaliser et les monitorer au standard requis par ces gentils donateurs. Et ça c’est une toute autre histoire.
- Contre : concernant la visite aux familles des victimes, pourquoi maintenant alors qu’il aurait du commencer à le faire depuis l’assassinat de la 1e victime le 03 Avril 2011 (Djakariaou Diallo) et des trop nombreuses suivantes des marches et grèves de réclamations pacifiques pour une amélioration des conditions de vie. Pourquoi pas pour M. Diaouné, Mme Boiro, le chef de la section motard de l’UFDG, les centaines de tueries en Guinée forestière ? Vraiment chaque fois que l’on compte du positif chez notre Prési on doit ensuite empiler tous les négatifs qui gâtent au finish sa sauce.
- Les décisions et actions « négatives » du mois :
- Le 01, Le PPAC et son homologue du Togo Faure Gnassimbé étaient à Monrovia (Liberia) pour tenter de sauver le processus électoral en panne de ce dernier. Franchement comment voulez-vous que la communauté internationale ait la moindre considération pour l’UA et la CEDEAO quand elles envoient pour régler un tel conflit deux dictateurs africains connus pour n’avoir jamais organisé des élections libres et transparentes chez eux ?
- Le 01, le bureau de l’Assemblée Nationale (AN) a soumis aux députés le premier projet de chronogramme de la session budgétaire. Le hic c’est que la session a débuté le 05 octobre dernier et doit normalement prendre fin le 31 décembre, soit 90 jours. Nos braves députés ont commencé par un mois de congés, tous frais payés par l’Etat. C’est ça aussi l’anti-gouvernance chronique dans notre bled.
- Le 02, la HAC décidément imprévisible suspend la plus écoutée des radios privées (Espace FM) pour 7 jours après avoir décidé que l’émission « Les Grandes Gueules » a diffusé la veille des informations « susceptibles de porter atteinte à la sécurité de l’Etat et de saper le moral des forces armées et de l’ordre public ». Certaines sources internes disent que c’est parce que l’un des animateurs de l’émission avait révélé les graves problèmes qui minent la grande muette actuellement. On y fait cas d’un certain nombre de comportements des hommes de troupe qui confirmerait des fortes résistances à la « réforme » en cours depuis 2010.
- Le 03, le PPAC décrète qu’à compter de ce jour le contrôle technique des véhicules automobiles est obligatoire en Guinée. Le hic c’est qu’il n’existe aucun centre de contrôle technique opérationnel à Conakry et à l’intérieur du pays. La seule société existante (SIVITA) a réussi depuis plus de 20 ans à obtenir l’exclusivité dans le secteur grâce à des appuis bien placés mais n’a jamais eu l’assise financière pour le réaliser. Bref il aurait du décréter d’abord la fin de ce monopole s’il voulait vraiment régler ce problème. Mais bon, comme il le dit souvent, il ne connait rien à propos de son pays d’adoption.
- Le 07, Guinea-Impulse décolle de nouveau, cette fois-ci pour Tanger (Maroc), Bonn (Allemagne), Paris (chez lui) et enfin Amman (Jordanie). Il faut faire vite-vite avant la fin de son mandat de chef du village Afrique en Janvier 2018. Je n’ai même pas fini de lui faire des compliments pour ses efforts d’octobre que hop il est reparti ! Au fait les autres invités de marque à Tanger sont d’anciens dignitaires oubliés de tous, quelques ministres, des dirigeants de PME/PMI et des universitaires. Pitoyable pour lui – honteux pour nous. Il ne revient finalement au bled que le 24 soit 17 jours après pour repartir quatre jours pour trois jours à Abidjan – il est vraiment incorrigible.
- Le 09, le ministre de l’énergie et de l’hydraulique démonte un mensonge du PPAC sur les miracles prévus avec le barrage de Kaléta : « Vous allez constater que pendant la période sèche (Novembre à Mai) le niveau d’eau ayant baissé, le productif de Kaléta va baisser. (le barrage) Garafiri va se retrouver à 40 mW et Kaléta à une moyenne de 60. Donc les 2 barrages vont produire 100 mégawatts. Pour compenser ces pertes il faut donc mettre en marches les centrales thermiques pour avoir les 200 à 250mW d’énergie (minimum nécessaire)». Un cadre de l’EDG reconnait sous couvert de l’anonymat que le thermique fournit en fait un maximum de 100 MW, sans tenir compte des 50% de pertes sur le réseau. On sait au moins clairement ce à quoi il faut s’attendre en obscurité avant que le barrage de Souapiti soit opérationnel vers 2022. Conakrykas, nettoyez vos lampes tempêtes.
- Le 09, les émeutes de la colère reprennent dans la préfecture de Boké, en particulier dans la ville de Kamsar. Les raisons de démarrage sont toujours les mêmes (coupures d’électricité et d’eau courante) mais personne ne croit plus maintenant à ces arguments. Les bâtiments et domiciles de l’administration, le matériel des compagnies minières sont de nouveau détruits par des jeunes déchainés. La police réplique comme d’hab. avec gaz lacrymogène et matraques. Finalement les arrestations et blessés, y compris par balles se comptent par dizaines et toutes les écoles et boutiques sont fermées. Tout ça ne pourra plus continuer encore très longtemps – un jour il y aura une grosse bavure suivie d’un Big bang social.
- Le 10, au cours d’un forum international sur les finances publiques organisé à Conakry pour confirmer que nous sommes sur la bonne voie le chef économiste de la région Afrique de la Banque Mondiale (Albert Zeufack) gâche la célébration avec un discours assassin qu’il conclut avec « La gestion des institutions en Guinée est au-dessous de la moyenne en Afrique subsaharienne ». Quel briseur d’ambiance – il ne sera plus jamais invité chez nous, promis.
- Le 13, le soulèvement des élèves dans plusieurs écoles de Conakry avec des affrontements sporadiques entre élèves et police anti-émeute qui ont repris tous les jours dégénère finalement comme craint le 20. Deux jeunes entre 16 et 20 ans (un collégien et un apprenti-mécanicien) sont tués par balles, une fillette de 10 ans est violée par un de ses professeurs en grève et une autre de 14 ans perd un œil suite à un choc avec un projectile. Encore ces « balles perdues » de nos milichiens d’Etat ?
- Le 24, le PPAC décrète la création du comité de suivi de l’accord de partenariat stratégique sino-guinéen, l’affaire des premiers 20 milliards-là. Le comité a pour mission « de coordonner les actions nécessaires en vue de lever toutes les contraintes à la mise en œuvre des projets sélectionnés, de coordonner la sélection en liaison avec les départements ministériels des projets qui seront soumis pour une instruction au titre de l’accord stratégique, de suivre avec le coordinateur chinois l’approbation des projets par la partie chinoise et la mise à disposition du financement, de suivre en relation avec le ministère des mines l’attribution des concessions minières aux entreprises chinoises et la mise en œuvre des projets concédés, de suivre à travers le maître d’œuvre public l’étude et l’exécution des projets inscrits dans l’accord stratégique ». Du coup une guerre sans pitié est lancée entre les faucons pour l’obtention d’un des strapontins tant attendu depuis l’annonce de cette méga-magouille. C’est la naissance d’une nouvelle race qui se profile à l’horizon, les Goldens Pirates de la manne chinoise – le sang des grignoteurs nationaux coule déjà à flot, Walahi !
- Le 26, l’homme d’affaires libanais représentant officieux des intérêts du PPAC dans le consortium minier de Boké (SMB-Winning avec des chinois) annonce la construction d’une raffinerie d’aluminium et d’un chemin de fer de pour le désenclavement du corridor minier Boké-Boffa en 2018 ! Il prend du coup la tête du carré d’as des plus grands prometteurs-menteurs du pays, devant le PPAC, le ministre des transports et le ministre de l’énergie.
- Le 30, il décolle d’Abidjan pour atterrir….de nouveau à Amman (Jordanie) pour discuter avec le Roi ! Il y était déjà il y a une dizaine de jours donc en fait il avait sûrement oublié son inséparable mallette dans sa chambre à coucher royale.
- Pour : comme chaque mois, R.A.S…
- Contre : pour la suspension d’Espace Radio les animateurs de l’émission auraient également flétri le manque de suivi psycho-social pour nos soldats déployés sur les terrains d’opération de la MINUSMA au Mali après leur retour au pays. En plus la HAC accuse « Moussa Moïse Sylla, le directeur général d’Espace TV d’avoir fait la lecture d’un courrier anonyme adressé à la radio ».Il sera même jugé très bientôt pour ce crime affreux. Le directeur du groupe Hadafo Média, propriétaire de la radio résume ainsi toutes ces accusations : « Nous sommes suspendus pour avoir simplement rappelé que l’armée manquait de moyens et d’équipements et que cela pourrait être compliqué en cas de crise ». Et oui, oser dire à haute voix que nos avions de guerre ne décollent plus depuis des années – le dernier avait fini tête première sur le toit de la RTG – et que nos blindés sont tous sur cale sèche et rouillés sont de graves crimes chez nous. Un petit progrès quand même car au temps de Satan Touré ça leur aurait valu un séjour direct au Camp Boiro suivi d’une « diète noire » terminale. Ces journalistes peuvent donc quand même remercier le net et FaceBook pour leur bonne fortune.
Tic-tac, Tic-tac, la montre tourne ; aujourd’hui est le 2535e jour de l’ancien « Guinea is back » et du nouveau « changement radical » – déjà 06 ans, 11 mois et 10 jours ! Aladji-Professeur-Président voici ma suggestion SMART (Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réalisable et Temporellement définie) du mois pour améliorer un peu votre Sanseman : Prési, avant de nous quitter, très bientôt s’il plait à Dieu, il faut mobiliser l’UA que vous présidez et vos parents français pour trouver un médicament contre le Mal guinéen, cet ensemble de parasites et bactéries qui nous brûlent à grand feu. En effet depuis 60 ans nous sommes paralysés par plusieures maladies chroniques. Elles s’appellent l’ASTonécrophilie, la Forycocoboulimie, la Dadisdélirie, la Konatéthylie et la PPAChristocolombie avec des symptômes inconnus hors de chez nous, ceux qui me viennent immédiatement en tête sont l’Ebola, la Bantamafolie, la Damaroethnicie, la Siakatmacronie, la Gaoualexcitie – mais la liste sera beaucoup plus longue si vous consultez vos concitoyens locaux, des meilleures victimes que moi de ce fleau. Tout ça et notre seul traitement pour le moment est de dire « ce n’est pas grave, c’était la volonté de Dieu » juste avant de mourir, nos corps ensevelis sous nos montagnes d’ordures. C’est ça aussi notre RPG (Rassemblement Populiste Gaffeur) de Guinée. Bon, nous savons que toutes ces maladies sont dues en partie à vos prédécesseurs mais là où on diffère c’est que pour vous ils se nomment Cellou Dalein, Lansana Kouyaté et Sydia Touré. Ceux-ci ne sont en fait que des second-couteaux, des sous-produits inévitables d’un système et de son environnement qui pourrissent tout et tous sur leur passage, qui a commencé en trombe avec votre modèle Satan Touré et qui a été amélioré ensuite par tous ses élèves-successeurs jusqu’à vous qui avez promis en fin 2010 de remettre nos pendules à Avril 1984. Un de mes amis (Haroun Gandhi) écrivait ce mois-ci que « L’un des paradoxes de la Guinée c’est que les haut-cadres considèrent qu’à cause de leur fonction ils sont forcement compétents alors que partout ailleurs c’est plutôt l’inverse ». Allez espérer l’émergence avec de tels génies dans la cabine de pilotage d’un pays ! En tout cas suite à vos exploits internationaux de dénicheur hors-pair de milliards il faudra obligatoirement soigner toutes ces épidémies et faire le ménage au karcher de notre maison basse avant d’inviter des étrangers friqués à venir y rajouter un 2e et un 3e étage. Tant que nous ne montrerons pas de réels efforts internes pour réorganiser et gérer proprement notre pays, en particulier sa justice et le reste de son administration, je ne vois pas comment un investisseur sérieux pourra même y penser. Il enverra juste quelques émissaires avec des cartes de visites recto-verso pour assister aux réunions de programmation locale en leur disant « Répétez les gros chiffres promis pour qu’ils soient contents puis revenez vite au bureau pour qu’on passe aux choses sérieuses – de toutes façons en 2020 on se retrouvera encore à Paris pour dire les mêmes choses ».
Enfin, boss j’aimerais vous apprendre qu’un grand démocrate Guinéen, le Dr Bakary Diakité que vous avez bien connu (et vice versa) lors de votre long séjour à Paris nous a quitté le dimanche 12. Je le fais car je doute que les troubadours qui vous entourent ne vous signalent une information aussi inutile à leurs petits objectifs personnels. Nous perdons ainsi un ardent défenseur du débat contradictoire civilisé que j’appréciais beaucoup. Vous auriez dû en dire un mot dans l’un de vos discours toujours ennuyeux et répétitifs, pour le remercier de son soutien sincère à cette époque cruciale pour votre présence au pouvoir aujourd’hui. En tout cas ce qui me chagrine le plus c’est de voir partir une autre Guinéen avisé (feu Ansoumane Doré, un autre du même calibre qui nous a quitté l’an dernier) qui aurait sans aucun doute servi de mentor discret aux plus jeunes compatriotes qui seront au pouvoir demain et qui chercheront à relancer notre pays dans le bon sens. Nous disposons en notre seing de toutes les capacités humaines nécessaires pour ce travail indispensable. Ils étaient tous les deux des exemples parfaits de vrais militants pour le changement en Guinée. Leurs plumes étaient leurs armes et elles étaient bien plus puissantes que les simagrées locales de nombreux diaspos dont le principal objectif est de s’immerger à tout prix dans la mangeoire. J’écris ceci pour ceux qui pensent, disent et écrivent souvent « au lieu d’écrire pourquoi ils ne retournent pas pour se battre sur le terrain au pays ? » Souvent, si on veut faire œuvre vraiment utile et éthique on rêve plutôt de jouer un rôle d’observateur averti, d’analyste et de conseiller pour ceux qui en valent la peine, ce qui hélas est si rare chez nous. En tout cas c’est ce que moi je pense en me rappelant le souvenir de ces 2 aînés que j’ai tant admiré pour notre combat commun.