Bienvenue à mon bilan du 24e mois de la Condécratie version 2.0. Je continue mon exploration mensuelle des méandres des décisions importantes pour la Nation prises par nos nouveaux chefs en proposant des pistes de réflexions et d’actions qui pourraient être envisagées pour que le « vrai changement » soit effectif.
- Echantillon de paroles et pensées présidentielles du mois:
- « (répondant à une question sur son plan de lutte contre le chômage des jeunes) Je vous pose une question : le chômage, c’est seulement en Guinée ? Comment voulez-vous qu’au bout de 5 à 6 ans on transforme complètement la situation, c’est-à-dire mettre fin au chômage ? Vous voulez qu’en 5 ans que je fasse en sorte que tous les Guinéens aient un salaire ? Tous les efforts que nous faisons ne bénéficient pas à tous les guinéens de la même manière. Nous sommes obligés de privilégier les populations les plus vulnérables, mais je ne suis pas un magicien » (le 011, lors d’une interview avec une journaliste d’Africa24).
- « (parlant aux cordons ombilicaux coupés) C’est bien qu’on fasse des promesses mais le temps est venu de passer des promesses aux réalisations concrètes. Nous avons adopté 19 projets en mars 2017 mais jusqu’à présent aucun projet n’a démarré… Le Président Macron m’a dit que c’est pour montrer qu’on passe à l’action. Nous espérons qu’on nous montrera pas seulement des déclarations, des financements… Notre ambition, c’est l’énergie, l’industrialisation, et que l’Afrique devienne l’usine du monde à la place de Chine. Notre ambition est que l’Afrique soit maitresse de son destin et que les problèmes africains soient résolus par les africains avec l’Union Européenne, les Nations-Unies. Nous ne voulons pas faire de l’Afrique un continent fermé mais lorsqu’il y a des problèmes en Europe ce n’est pas les USA qui viennent les résoudre. Pourquoi alors lorsqu’il y a des problèmes en Afrique on doit venir nous donner des leçons ? Nous ne voulons plus de leçons, nous voulons d’une coopération d’égal à égal en respectant notre souveraineté » (le 11, à Paris lors d’un sommet mondial sur le climat).
- « Nous (chefs d’Etats du l’UA) ne devons plus être un syndicat des chefs d’Etat couvrant les uns les autres. Si nous utilisons nos maigres ressources au profit des couches les plus vulnérables il y aura moins d’immigration. Si nous gérons au profit d’une minorité les jeunes vont immigrer. Nous sommes majeurs et responsables et nous n’avons pas peur de mettre la main sur nos tares » (le 11, à Paris lors d’une réunion à l’UNESCO sur les énergies renouvelables).
- « Certains avaient mal interprétés mes propos, j’ai dit que j’ai pris la Guinée là où Sékou Touré l’a laissée. Ce que ça veut dire c’est dire le président Sékou Touré a amené l’indépendance politique à la Guinée, qu’on le veuille ou pas… Moi mon rôle c’est de donner l’indépendance économique. … Nous sommes en train de négocier pour doter l’armée guinéenne de chars et de blindés. Nous avons commandé beaucoup d’armes et de munitions de la Chine qui seront là avant la fin du mois. Ceci pour permettre à notre armée de s’entrainer correctement. Il ne faut pas seulement que ça soit les américains ou autres nations qui nous aident mais pour que nous-même nous puissions faire en sorte que nos armées sur l’ensemble du territoire puissent s’entrainer et être prêtes. Notre armée qui était une des meilleures en Afrique de l’Ouest doit retrouver cette place qu’elle occupait d’antan… Je veux dire à l’armée guinéenne, bien- sûr nous avons traversé des épreuves difficiles, bien-sûr que la situation des militaires n’est pas ce qu’il faut. Mais je dis toujours aux officiers généraux qu’ils doivent veiller aux conditions sociales des soldats. Si le gouvernement veille sur l’armée il est du rôle des officiers aussi de veiller sur les conditions sociales de l’armée » (le 17, lors d’une mamaya pour la pose de la 1e pierre de la rénovation de l’usine militaire).
- « Si au niveau de l’Afrique, 54 Etats, nous arrivons à parler d’une seule voix aujourd’hui comment un petit pays de 12 millions d’habitants comme la Guinée, les hommes d’affaires ne peuvent pas être dans une seule organisation plutôt que d’êtres éparpillés entre de multiples organisations. Certes l’administration a des tares mais les hommes d’affaires en ont plus… Il y a beaucoup d’entreprises irrégulières dans la pêche, dans beaucoup de secteurs et qui sont une mauvaise image de la Guinée. On doit les fermer. Je l’ai dit aux hommes d’affaires, ce n’est pas la peine de m’appeler. Si les services contre la répression ferment des usines, et ils vont fermer beaucoup, ce n’est pas la peine de m’appeler. Toutes celles qui sont dans l’irrégularité on va les fermer. Et on va assainir la situation. Nous avons un casino qui est en train d’être géré par un bandit. Alors soyez moins complices s’il vous plaît de vos partenaires. Si nous voulons assainir on doit assainir totalement. Le gouvernement est décidé à assainir, décidé à lutter contre l’impunité et contre le grand banditisme. Nous n’aurons pas d’état d’âme. Il faut que cela soit clair. La Guinée mérite d’aller plus loin » ( le 20, lors du lancement des activités du Forum Guinée Business, plateforme regroupant les secteurs publique, privé et la société civile ».
- « Quand je viens ici je vois beaucoup de choses qui me font honte. Mais les élections communales laissez ça au parti. La lutte que le RPG a faite je ne voudrais pas voir les jeunes sortir aujourd’hui pour casser. Arrêtez de vous battre parce que ce n’est pas ceux qui seront élus qui vont diriger le pays » (le 24, lors des obsèques d’un de ses anciens camarades de lutte politique dans la préfecture de Kérouané).
- « En 2018, après mon mandat à la tête de l’Union Africaine, je voyagerais moins. Je vais m’occuper de la politique intérieure et suivre l’ensemble des projets et accords signés avec les partenaires…» (promesse semi-confidentielle faite à un de ses amis au cours du mois).
- « Vous avez évoqué l’indépendance de la justice vis-à-vis du pouvoir politique mais vous avez oublié un point important qui est celui de l’indépendance de la justice vis-à-vis du pouvoir d’argent. Beaucoup de vos magistrats rendent des jugements scandaleux. Certains jugements sont rendus parce que des gens ont payé de l’argent. Monsieur le ministre vous êtes avocat c’est pourquoi vous avez peut-être voulu protéger vos amis en oubliant qu’il y a la corruption… Actuellement Sima (le président de la Cour Suprême) qui est chargé de la discipline, soyez un plus sévère, soyez moins gentil. Vous êtes trop gentil. Là où vous êtes vous devez être intransigeant sinon les investisseurs qui viennent seront découragés… (s’adressant à l’un des plus grands voleurs du pays) Avant d’être président de la Cour des Comptes vous avez été directeur du budget, puis ministre des finances, vous savez dans quelle situation nous avons trouvé ce pays (le 27, lors de l’inauguration du nouveau siège flambant neuf du ministère de la justice au centre-ville).
- « Je suis fier de partager avec vous la célébration de cette période de notre histoire au moment où je m’apprête à transmettre le flambeau de la présidence en exercice de l’Union Africaine…. L’année 2017 s’achève avec un bilan économique prometteur pour notre pays. En plus des changements économiques un cadre attractif a été créé pour favoriser les investissements extérieurs… Notre programme national de développement économique et social s’exerce aujourd’hui dans un contexte politique serein. Cette gouvernance confirme notre ancrage dans la démocratie qui est la base de notre stabilité politique. A ce jour toutes les institutions prévues par la constitution, ont été mises en place » (le 31, extraits du discours de bilan et vœux surréels du PPAC à ses victimes résignées).
- Pour : bravo pour les propos réalistes à l’UNESCO et pour les vœux pieux concernant ses potes de ce club trop bien connu par l’auditoire du jour. J’aimerais bien voir maintenant ce qu’ils lui répondront en coulisse lors de votre prochaine rencontre. Ils doivent d’ailleurs tous être pressés de le voir partir dans quelques jours du perchoir africain vu ses libertés régulières de parler en leurs noms sans aucune consultation préalable. Il reconnait aussi enfin qu’il avait fait une bourde inacceptable et incroyable en fin 2010 en disant reprendre le pays là où Satan Touré l’avait laissé. Hélas sa nouvelle justification est aussi nulle que sa première affirmation – hopeless ! Bravo aussi pour la promesse de moins voyager en 2018. Pour rappel rien que ce mois-ci il a visité la Côte d’Ivoire, l’Egypte, la France, la Turquie et le Nigeria – qui dit mieux, Messieurs les derniers dictateurs du continent ?
- Contre : notre coupeur de cordon ombilical semble oublier ses bravades chaque fois qu’il revoit des blancs friqués en Occident. Il fait exactement le contraire de ce que son homologue Ghanéen avait dit au même Macron à Accra en début de mois : cessons de mendier sans honte alors que nous-mêmes prouvons faire beaucoup de choses tous seuls chez nous. La complainte habituelle sur la malhonnêteté chronique des hommes d’affaires et des fonctionnaires du pays et sur son règlement imminent par l’assainissement du milieu et la sévérité dans l’action n’a plus été applaudie même pas ses mamayeurs maintenant. Finalement il faut vraiment avoir du cran pour prendre à témoin de son combat l’un des plus grands vautours financiers et maitre incontesté de l’anti-gouvernance nationale qu’il a malgré tous ses dégâts économiques passés nommé au poste de président de la Cour des Comptes qui est chargée justement du contrôle de la gestion financière de l’Etat – quelle hypocrisie sans aucune gène ni respect minimal pour les victimes de sa gabegie !
- Les décisions et actions « positives » du mois :
- Le 04, le PPAC décrète que les élections communales auront lieu 4 février 2018 dans les 342 communes urbaines et rurales du pays. Vous me direz que c’est ce qui était prévu depuis les derniers accords politiques mais une simple confirmation de date est un miracle chez nous. Il faut quand même rappeler que les dernières élections des maires datent de 2005, sous le régime de Lansana Conté et que le boss avait promis de les tenir en 2011.
- Le 08, le ministre chargé de la défense nationale, donc ministre du plus grand bordel national, annonce que les prévisions financières pour son ministère pour l’année 2018 prévoient une diminution de 15% par rapport à son budget 2017. Enfin nos militaires sont rassasiés et laissent un peu plus pour les autres.
- Le 12, un nouveau signe important semble franchi dans la perspective de la tenue d’un procès dans le dossier des massacres du 28 septembre 2009. Selon une source généralement bien informée (le site Africaguinee.com) « Le Procureur de la République près le tribunal de Dixinn (en charge du dossier) a retourné aux juges d’instruction ce jour le dossier des infractions commises le 28 septembre 2009 à Conakry au stade du même nom. Le parquet a accompagné ses réquisitions définitives. Dans les prochains jours le pool des juges en charge du dossier sera amené à rendre l’ordonnance de clôture de l’enquête. Le représentant du ministère public dans ledit dossier a fait connaitre la position de la société. Il appartiendra désormais aux juges de prendre souverainement leur décision. C’est un très grand pas sur la voie du procès du 28 septembre ». On croise les doigts malgré tout notre pessimisme.
- Le 20, le PPAC lance les travaux du Guinée Business Forum (GBF), une plateforme nationale de dialogue entre l’Etat, le secteur privé et la société civile. Il vise à améliorer l’environnement des affaires et entamer la transformation structurelle de l’économie guinéenne. Il devrait officiellement permettre de décider des reformes à mettre en œuvre pour assurer un développement inclusif et durable pour les 2 secteurs-clés du développement national (économique et social). Une bonne initiative en théorie – maintenant on attend de voir comment nos Haut-cadres vont tout mettre en œuvre pour la saloper à leurs avantages égoïstes comme d’hab.
- Le 20, le ministre chargé de l’enseignement supérieur fait une présentation de son bilan 2017 et les activités prévues pour 2018 devant l’Assemblée Nationale (AN). Parmi les points à féliciter en 2017, son annonce de grandes économies par l’arrêt de certaines vannes de détournement dans les bourses données aux universités pour prendre en charge leurs étudiants. Par ailleurs il a annoncé plusieurs actions prévues pour 2018 parmi lesquelles la création d’écoles d’excellence en santé, mines, la bancarisation des bourses des étudiants, l’harmonisation des diplômes, la construction et l’extension de l’université de Sonfonia et le recrutement d’enseignants étrangers et de guinéens résidant à l’étranger. Espérons qu’il ira plus loin que son lip service habituel dont vous aurez un bel exemple dans le chapitre suivant.
- Pour: le ministre chargé de l’enseignement supérieur a déclaré : « Le recensement biométrique qui nous a permis d’économiser aujourd’hui environ 141 milliards 971 millions de francs guinéens qui se reflète dans la loi de finances rectificative de 2017. Ca c’est juste au niveau du privé mais au niveau du public il y a eu des réductions très importantes, nous avons épargné ça peut dépasser plus de 150 milliards de francs guinéens ». Dommage qu’il n’ait pas donné aussi les chiffres des crises cardiaques et décès inexplicables de tous les membres de la chaine alimentaire ainsi interrompue.
- Contre : . concernant le ministre de l’enseignement universitaire il est clair qu’il prend ses rêves pour des réalités s’il croit vraiment faire tout cela en un an dans le contexte actuel – ou alors il ment comme tous ses collègues pour se faire apprécier par le Boss. Mais il est quand même l’un des très rares ministres actuels qui ait une vision claire de certains aspects indispensables pour remettre un peu d’ordre dans son domaine stratégique national.
- Les décisions et actions « négatives » du mois :
- Le 01, les distributeurs clandestins de Canal + dans les quartiers de Conakry ont organisé un sit-in suivi d’une marche de protestation parce que leurs branchements illégaux ont été débranchés et leur matériel confisqué par la police sur injonction de la société et de la justice. Sacré pays où même les tricheurs organisent des marches de protestation maintenant, un nouvel indicateur de la détérioration avancée de la morale et de l’étique dans le bled.
- Le 07, encore un nouveau prêt malgré nos 41 milliards USD de l’année : le conseil d’administration de la BAD (Banque Africaine de Développement) a approuvé un prêt de 100 millions de dollars US. Il s’agit d’une contribution pour un projet de 1,4 milliard de dollars US porté par la Guinea alumina corporation (GAC, filiale de Emirates Global Aluminium). Les fonds participeront à la construction de la mine, d’un terminal d’exportation au Port de Kamsar et à la rénovation d’un chemin de fer de 143 km reliant le site minier au port. Tous ces travaux sont prévus de prendre fin en 2020 et les abrutis présents ont applaudi à tout rompre.
- Le 08, soit 72 heures après son retour d’Abidjan il redécolle. Cette fois-ci c’est pour l’Egypte, puis Paris (obligatoirement) et la Turquie, le tout pour encore une fois diversifier et colorer les photos officielles d’ouverture de plusieures rencontres internationales. Il reviendra nous voir pour quelques jours le 16.
- Le 08, le directeur national des unités d’intervention de police (Ansoumane Camara AKA Bafoé) est décrété « Général » pour les bons services de matage rendus contre les manifestants pacifiques de Conakry. Et bonjour l’apologie de l’impunité nationale.
- Le 10, c’est une cérémonie haute en couleur au siège du RPCé pour le baptême d’un nouveau mouvement RPCiste « Atéwala, après lui c’est lui ». Aux dires de son boss béni des Dieux du coin « Le mouvement a pour objectif d’intervenir dans les médias publics et privés surtout à travers les émissions interactives avec responsabilité de défendre les acquis du parti RPG Arc-en-ciel et de son Président le Pr Alpha Condé dans l’intérêt supérieur de la Guinée ». Mai il rajoute sans aucun gène : « la Cellule de communication du mouvement « Atéwala, après lui c’est lui » est confronté à d’énormes difficultés dont la méconnaissance de leur mouvement par le président Alpha Condé, le manque criard des moyens financiers et matériels pour la réalisation de leur plan d’action. Egalement l’inaccessibilité aux informations relatives au projet de société du président Condé et de son gouvernement et des problèmes relatifs à l’amélioration du niveau d’étude et de formation de certains de leurs membres pour faciliter la réalisation rapide de leurs objectifs. Une volonté clairement exprimée de créer un cordon ombilical en béton armé avec les bosses du moment. Mamayas et GNF sont indispensables pour la boum électorale prévue dès le 02 janvier 2018.
- Le 11, la menace du PPAC contre les radios privées guinéennes est lancée par ses faucons : 4 radios sont fermées sauvagement. Deux motifs officiels sont invoqués, le renouvellement annuel des licences et le paiement des redevances de 25 millions GNF par an. L’autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT) somme ainsi 47 radios et télés de payer plus de six milliards de GNF, la facture cumulée des arriérés qui remontent depuis 2009. Au total seules deux radios seraient en règle (CIS Médias et le Groupe Chérie radio-télé). Il aura donc fallu attendre 8 ans pour sévir ou bien c’est juste un prétexte qui tombe à point pour toutes celles qui dénoncent de mieux en mieux notre anti-gouvernance ?
- Le 11, on nous annonce un nouveau programme historique avec le FMI ! Il est historique parce qu’il inclut une enveloppe de prêts non-concessionnels de 650 millions de dollars US en complément d’autres financements identifiés sur la période 2018-2020. Les blancs-là vont nous tuer avec toutes leurs promesses farfelues car irréalisables à court terme. Leur seul but est de nous gaver de prêts et nous on ne fait qu’ouvrir grandes nos bouches insatiables.
- Le 12, la nouvelle loi des finances 2018 est adoptée à l’unanimité par l’AN et avec applaudissements retentissants des opposants-opposés. Ceux qui espéraient une réduction du train de vie du Sanseman en ont eu plein les yeux : le budget de la présidence qui était de 367 milliards GNF en 2017 passe à 408 milliards en 2018 soit une hausse de plus de 41 milliards GNF. Le milliard journalier n’était plus suffisant car ils avaient oublié au départ le 13e mois de services en fin d’année. De même les crédits accordés en 2018 à plusieurs ministères et institutions ont connu une hausse, passant au total de 15 mille milliards à 20 mille milliards GNF. Ainsi la primature a vu son budget baisser de 79 milliards à 64 milliards Également le ministère de l’économie et des finances qui avait bénéficié de 440 milliards en 2017 se contentera de 312 milliards. Pour payer toutes ces hausses « indispensables et urgentes » il est donc introduit une augmentation de la RTS (retenue sur salaire) des pauvres fonctionnaires du secteur public ! Et oui, pour augmenter à droite il faut bien diminuer quelque part et de préférence à gauche – c’est mathématique, tout simplement.
- Le 14, le tour cycliste de Guinée est lancé avec un tracé de 300 km. Tout va bien jusque là, mais le hic et l’incompréhension de son organisation viennent du fait que le montant prévu pour le vainqueur du tour s’élève à 5 millions GNF (560 dollars US). Au même moment, la prime de qualification par étape pour les footballeurs est passée cette année de 5.000 à 10.000 USD par joueur et par membre du staff technique. Et au dessus de ceux-ci, notre maillot jaune perpétuel, le PPAC a eu droit à un bonus du vainqueur du tour 2017 de 41 milliards GNF supplémentaires. Morale de l’histoire : notre pays est l’un des deniers au monde où on a plus de chances d’être milliardaire en faisant de la politique qu’en faisant du sport de haut niveau, surtout hors du football. Le ridicule était tellement pathétique lors de la cérémonie de clôture qu’un gentil commerçant du pouvoir a immédiatement doublé les primes pour sécher les larmes de vainqueurs et de leurs familles.
- Le 14, la recherche démesurée de nouveaux financements externes pour notre plan de développement national atteint le surréel : le conseil d’administration du FMI approuve un accord triennal au titre de la Facilité Elargie de Crédit (FEC) d’un montant de 170 millions $ en faveur de la Guinée. Selon les gentils donateurs « Le programme triennal au titre de la FEC appuiera le plan national de développement économique et social 2016-2020, pour favoriser une croissance plus élevée et plus inclusive tout en préservant la stabilité macroéconomique ». J’espère qu’ils ont aussi prévu de nous construire de nouveaux coffres forts inviolables à la Banque centrale. Je ne demande quand est-ce que le boss dira à ses ministres d’arrêter de mendier parce qu’ils en ont assez récolté et qu’il faut maintenant ingurgiter et digérer ces fonds. A moins que ceux qui récoltent aient immédiatement leurs pourcentages personnels à chaque nouvelle prise je ne comprends vraiment pas leur logique.
- Le 16, le PPAC lance la reconstruction de l’usine militaire du Camp Alpha Yaya afin de doter nos forces armées d’équipements ultramodernes sur financement turque. Cette usine qui était fermée depuis 24 ans aura une capacité de 720 000 tenues militaires par an ! Les mots tenues scolaires sont aussi cités une fois pour donner un léger contenu social à cette nouvelle dépense militaire inutile. L’usine comprendra un bloc de tissage, deux blocs de coupe et confection, un bloc de fabrication de chaussures et un laboratoire pour le contrôle du tissu. Environ 1.600 nouveaux emplois seront créés. Aucun détail public bien sur concernant les milliards ainsi engloutis et en partie détournés. Le délai des travaux est officiellement de 3 mois mais vu que le chef de l’entreprise est une vielle connaissance nationale nuisible. Avec ce requin du passé bien connu pour ses œuvres basses et récemment revenu au pays après son exil volontaire et compréhensible avec son ripoux de neveu tigré Maréchal Sékouba Konaté, il y a beaucoup de chances que le budget et les délais soient triplés, voir même plus.
- Le 18, c’est le début du procès du meurtre par balle du jeune Hamidou Diallo lors d’une marche pacifique et autorisée de l’opposition guinéenne le 18 Aout 2016. A la barre du tribunal de Dixinn l’accusé a nié être à l’origine du tir et a lâche ensuite une bombe : il précise qu’il n’était pas le seul policier à sortir ce jour-là avec une arme de guerre pour aller à la manifestation : « Ce jour le commandant Ibrahima Sory Dioubaté qui est le chef d’unité, le capitaine Mohamed Lamine Soumah, le commandant Soriba Soumah et moi-même sont tous sortis avec chacun une arme. L’instruction de sortir avec ces armes a été donné dans l’enceinte de la compagnie mobile d’intervention et de sécurité (CMIS) de Bambeto ». Pour la première fois un milicien nous dit la vérité sur ce secret de polichinelle d’Etat. Encore un autre qui sera victime d’une courte maladie fatale le lendemain de sa sortie du tribunal.
- Le 20, nous apprenons que Mr I. S. Condé, haut cadre du ministère du budget, condamné par contumace à dix ans de prison dans l’affaire retentissante du détournement des treize milliards à la Banque centrale en 2012, a repris tranquillement son poste au ministère du budget sans avoir purgé sa peine, comme si de rien n’était. Il a été pourtant démontré lors du procès qu’il était le cerveau de cette malversation. Imaginez les comptes rendus des missions diplomatiques externes sur place aux nouveaux hommes d’affaires qui viendront se briefer chez eux sur les opportunités d’investissements sérieux chez nous ! Pour nos bandits en col blanc, le bon nom de famille, la bonne carte de parti et la participation assidue aux mamayas du samedi sont des free pass totales pour tous les crimes.
- Le 20, le ministre chargé de l’enseignement supérieur annonce l’obligation prochaine pour tous nos étudiants finissants d’obtenir un « certificat de services civique et militaire ». C’est l’une des conditions qu’il leur faudra pour obtenir leurs diplômes de fin d’études universitaires. Il espère mettre ceci en œuvre dès l’année scolaire 2018. Officiellement ce service comprendra trois phases. La première étape sera consacrée à la pédagogie, donc à la théorie. Elle sera suivie d’une formation militaire de 45 jours dans les garnisons militaires du pays. La troisième phase consistera à l’insertion socioprofessionnelle des étudiants en effectuant des actions communautaires pendant six mois. Selon ce ministre démagogue devant l’Eternel « Lors des actions communautaires aucun étudiant ne sera déployé dans sa région d’origine afin de permettre à chacun de s’intégrer dans la communauté qui n’est pas la sienne… C’est pour que les gens apprennent mieux à se connaitre». Incroyable pour ce « jeune » cadre supérieur avec une bonne formation dans des universités étrangères respectables et ancien numéro 2 de la banque centrale mais qui ne trouve rien de mieux pour « innover » et plaire à son boss trotskyste-impérialiste qu’il soit indispensable de nous ramener au XXIe siècle le service milicien obligatoire à la fin des études supérieures en Guinée ! Et pourtant il était l’un des rares de ses collègues du gouvernement capable de fournir des idées et propositions intelligentes dans son domaine de responsabilité mais là il plonge vraiment dans sa médiocrité environnementale. Après juste quelques années dans la mangeoire il ose dire « Quand vous allez dans les entreprises on vous demande si vous avez l’expérience. Mais quand vous avez fait le service militaire ils savent ce que vous avez appris, ce que vous avez fait sur le terrain ». Je me demande bien où il a pu voir des chefs d’entreprises et DRH qui raisonnent encore ainsi, être militaire étant plutôt un facteur d’exclusion habituel. J’aurais compris cela d’autres ministres, dont plusieurs sont des politicards semi-lettrés et préhistoriques, mais vraiment venant de lui c’est très décevant pour moi. Comme quoi le « Guinéen nouveau » de Satan Touré sommeille encore dans de trop nombreux compatriotes.
- Le 26, le ministre chargé de l’administration du territoire a indiqué qu’au terme d’une enquête réalisée par ses services pendant 4 mois, seule une trentaine de partis politiques ont pu être localisés sur les 153 agréés par son ministère. Il a promis de sévir énergiquement et très bientôt en les supprimant mais je pense plutôt qu’il va bientôt s’enrichir énormément en acceptant de fermer les yeux sur certaines cabines téléphoniques bien garnies.
- Le 27, on apprend qu’Oleg Deripaska, l’oligarque et PDG de la société minière Rusal, a reçu du PPAC notre haute distinction de l’ordre national du mérite. Officiellement c’est pour son rôle majeur joué dans le cadre de la lutte contre la maladie à virus Ebola en Guinée. En réalité c’est plutôt une partie du remboursement pour ses prêts « gracieux » de ses jets privés mis à sa disposition depuis 2011, vu qu’on est à quelques jours de la fin du mandat de chef du village Afrique. C’est bien de penser à solder certains petits comptes de temps en temps.
- Le 29, le ministre chargé de la justice annonce tout fier la fin de l΄instruction de l’épineux dossier des massacres du 28 septembre. « L’ordonnance de renvoi a été prise aujourd’hui. L’instruction est donc entièrement terminée ». Il avait juré publiquement en début d’année (et avant) que le procès aurait lieu avant la fin de 2017 mais vu qu’il ne restait plus que 2 jours pour cela, il lui fallait obligatoirement comme clean avant son réveillon. Le pauvre craignait que la presse locale revancharde ne gâche ses réjouissances prévues en janvier 2018. Il oublie pourtant qu’il fait partie du carré d’as des plus grands prometteurs/menteurs du pays avec son boss et ses collègues ministres du transport et de l’énergie. Ils peuvent raconter tout ce qu’ils veulent, de toutes façons plus personne ne les croient, mêmes leurs oncles et cousins germains.
- Pour : comme chaque mois, R.A.S…
- Contre : concernant ce retour ridicule au préhistorique service militaire révolutionnaire de Satan Touré voici ce qu’en dit un analyste local avisé, objectif, jamais démagogue et avec une belle plume (Mohamed Mara) : « Si l’idée enchante les anciens qui y voit un socle de socialisation de nos jeunes et l’apprentissage de la citoyenneté, cette mesure en tout point précipité reste hypothétique voire utopique. L’Etat doit prendre le temps de mûrir ce projet avant qu’il ne devienne un autre éléphant blanc pour les finances publiques… La professionnalisation de nos forces armées et la suppression du service militaire ont été parmi les mesures adoptées sous le régime du Général Lansana Conté. Un retour à cette pratique pour les jeunes guinéens signifierait forcément un changement de cap très important. Devenons-nous une nation militaire ?… La nécessité de la réinstauration du service militaire obligatoire reste à prouver et les moyens pour sa mise à exécution doivent être réunis. Or un tel projet est loin de figurer dans la loi de programmation militaire en vigueur. Il est curieux de constater que l’annonce d’un projet aussi stratégique ne soit pas faite par le commandant en chef des forces armées mais simplement par un ministre de l’enseignement comme si cette activité si elle est réinstaurée relèverait de son département. C’est à la limite une imposture et une usurpation des fonctions du ministère de la défense nationale. De nombreux préalables doivent forcément être envisagés avant l’adoption de cette mesure. D’abord il faudrait rétablir une meilleure image de l’armée aux yeux de la Nation, particulièrement des jeunes. Notre histoire récente tumultueuse rend ce chantier fastidieux. Les rapports civilo-militaires doivent nécessairement être repensés dans notre pays. Mais comment peut-on contraindre des milliers de jeunes à un engagement citoyen ? Comme dans l’humanitaire et l’associatif le service militaire doit relever du volontariat. Enfin l’argument selon lequel l’affectation des jeunes diplômés dans d’autres régions du pays facilitera leur intégration ne tient pas la route. Cette mission siérait mieux à la fonction publique, plus organisée et plus stable dans la durée. Comment un jeune s’intégrerait-il dans une autre culture en seulement six mois ? Le service militaire tel qu’envisagé actuellement est une perte de temps intellectuelle inouïe pour des jeunes qui attendent de l’Etat davantage de moyens pour qualifier notre système éducatif. Si le gouvernement tient à consolider les liens entre l’armée et la Nation qu’il s’attelle plutôt à lutter contre les discriminations, les injustices et les discours politiques de plus en plus nocifs pour le tissu social. Que le droit soit la boussole de notre pacte national et qu’on refuse la culture de la médiocrité au détriment de l’effort et de l’excellence ». Jeune homme tu as tout dit vrai-vrai là, Walahi !
Tic-tac, Tic-tac, la montre tourne ; aujourd’hui est le 2566e jour de l’ancien « Guinea is back » et du nouveau « changement radical » – déjà 07 ans et 10 jours ! Aladji-Professeur-Président voici ma suggestion SMART (Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réalisable et Temporellement définie) du mois pour améliorer un peu votre Sanseman : vraiment il faut revoir un peu la liste de vos ministres. Ce mois-ci la perle revient à votre ministre chargé de l’enseignement primaire et secondaire qui a eu le malheur de présenter lui-même son programme 2018 devant nos dépités. Il a été incapable de lire son budget en milliards et la panique aidant, il s’est noyé dans le ridicule proportionnellement aux exclamations et moqueries de ses auditeurs. Voici littéralement ses propos : Le présent budget qui vous est soumis s’élève à mille …, à, …mille cent trente… C’est un enseignant qui parle hein, je suis pas beaucoup affronté aux montants… A mille cent trente trois … A un million cent trente trois milliards neuf cent mille cinq cent quarante cinq mille… Monsieur Fodé Oussou, tu me diras pas le contraire ! Mille milliards quatre cent soixante seize, mille quatre cent soixante seize milliards, sept cent vingt neuf millions, huit cent soixante douze millions, repartis comme suit… », le tout ponctué des sourires benêts du nigaud et d’un vacarme de fous-rires et d’applaudissements moqueurs à chaque tentative malheureuse, y compris de ses camarades de parti. Et dire que son surnom est « K² » mathématique. Le type a dès le lendemain eu droit à un hashtag continental qui a inspiré les humoristes de Côte d’Ivoire, du Benin et même du Cameroun, ce qui franchement n’honore ni vous ni nous. Bon pour rajouter à la comédie ambiante, rééquilibrer un peu et mieux partager notre bêtise nationale, quelques jours plus tard c’est l’un de vos principaux opposants, l’un de ceux qui s’était le plus payé la tête du cancre et qui justement avait été interpelé par lui pendant son naufrage, le bien nommé Fodé Oussou, qui se frotte lui aussi aux « montants ». Il s’en sort à peine mieux à la plus grande joie bruyante de vos supporteurs cette fois-ci. Comme la vie est belle et pleine de rigolades dans votre parlement du Sanseman ! Nous savons que notre Toto national a depuis honte et une peur bleue en public mais pardon dites-lui de cesser de se ridiculiser davantage en disant aux journalistes « Désormais n’appelez plus K² au téléphone pour lui demander quoique ce soit sur l’éducation. Le chargé de communication département sera là pour ça, mon département a un chargé de communication. J’aurai voulu que vous vous adressiez à lui ». Surtout quand en plus le numéro de téléphone qu’il a fourni pour cela n’est même pas fonctionnel.
Finalement un petit « Bon Ané – Bon Santé » de Conakry où je suis en immersion totale depuis la mi-décembre après une année d’absence. Que vous dire de ce que mon œil extérieur, toujours sans complaisance ni giottisme, voit autour de lui : croyez moi ou pas mais franchement je trouve que la désorganisation chronique habituelle est un peu plus organisée dans la majorité des domaines de la vie de tous les jours. Les routes goudronnées sont beaucoup moins cabossées et donc plus rouables à Conakry et à l’intérieur du pays – pour la majorité c’est du rafistolage rapide comme d’hab. mais c’est quand même un progrès qui tiendra je l’espère au moins jusqu’à mon départ. Les rares feux de circulation, bien placés pour séduire nos partenaires et frères-investisseurs, fonctionnent encore presque tous et maintenant environ 50% des chauffards les comprennent et respectent. Les policiers dans les rues sont moins ripoux et plus efficaces pour bloquer les Mad Max locaux donc les bouchons de circulation délirants, causés parfois même par 2 motos, sont plus rares et n’ont rien à voir avec ceux du passé. Parfois des barrières physiques métalliques sont mises en place dans certains lieux critiques pour empêcher les taxi-maitres d’accomplir leurs rodéos urbains. Quelques rares ministres et hauts d’en haut n’utilisent plus leurs sirènes hurlantes pour forcer leur passage mais leurs miliciens assis sur le fauteuil avant de leurs chars officiels hurlent presque aussi fort pour leur frayer leur passage supérieur. Parmi les points sombres persistent la roublardise fainéante, la malhonnêteté congénitale de la majorité de vos interlocuteurs du secteur public et les coupures intempestives d’électricité qui sont de retour en force. Pour ceux qui comptent venir visiter le bled n’oubliez surtout pas vos torches, piles Duracell Ultra et bougies en venant, ceci jusqu’au lancement de la dernière farce électorale du PPAC en 2020, « le barrage de Souapiti qui éclairera même ceux qui ne le voudront pas ». Ainsi va notre pays bien-aimé en fin 2017 – attachez vos ceintures pour 2018…